le capitalisme, le peuple et l’Etat

Posté par calebirri le 11 janvier 2010

J’ai beau tourner et retourner le problème dans tous les sens, mais il semble impossible de fonder une société viable en dehors soit du capitalisme, soit de l’autoritarisme. conscient du fait que le capitalisme crée des inégalités, que l’autoritarisme détruit les libertés, la troisième voie que j’appelle de mes voeux est une utopie irréalisable, car bien qu’elle corresponde à la volonté générale, elle va malheureusement à l’encontre de ce qu’est l’homme, un être faible et impatient (voir article).

La révolution des mentalités que nécessite un changement complet de système est elle envisageable, mais les contraintes de notre monde sont si complexes qu’elles ne peuvent être rayées d’un trait.

Car avant de transformer le système, ce sont les mentalités qu’il faut changer, et cela ne peut se faire que par l’éducation (voir article).
Cette éducation (voir article) qui nous inculque des valeurs en même temps que des savoirs, et des désirs en même temps que des devoirs. Même si on sait aujourd’hui à quel point le capitalisme est nuisible à la volonté générale, et même contraire aux principes d’égalité et de liberté inscrits dans la déclaration des droits de l’homme, il faut croire que ce système a certains avantages puisqu’il est accepté malgré tout.

D’ailleurs, il n’est pas innocent que l’Etat soit partie prenante de ce système. Créé pour organiser, distribuer, partager, soutenir, l’Etat possède un rôle dans le fonctionnement du capitalisme, et est censé lui donner une morale qu’il ne possède pas par lui-même. enfin pas tout à fait sans morale, si l’on considère que l’amoralité est une sorte de morale : car dans le capitalisme ce qui est rentable est bon, et ce qui ne l’est pas est mauvais. La preuve de cette sorte de « morale » en sont les millions de miséreux qui tentent de survivre sur cette terre.

Théoriquement, l’Etat devrait être comme une sorte de contre-pouvoir à l’hégémonie capitaliste, en ce sens qu’il crée des lois encadrant son fonctionnement, et est censé pourvoir aux injustices qu’il engendre. Les politiques de service public, d’aide sociale, les lois protégeant le travail, la propriété ou l’héritage, l’interdiction de l’esclavage, des monopoles, tout cela fait partie du rôle de l’Etat, et va à l’encontre du libéralisme le plus « pur ».

Malheureusement, à force de corruptions et d’ententes tacites, l’Etat servant à garantir les droits des peuples et leurs libertés est peu à peu devenu un acteur économique à part entière, et la soif de pouvoirs et d’argent de nos élus va désormais à l’encontre du rôle protecteur qu’ils devraient avoir. En oubliant que leur combat devrait être le service du plus grand nombre, que leur objectif devrait être la lutte contre les injustices, ils ont fini par tomber dans les filets du capitalisme, et donc par prendre le moyen pour but : l’argent, qui se doit d’être un outil au service des échanges pour le bien du plus grand nombre, est désormais considéré comme le bien suprême, signe de réussite personnelle représentant la valeur d’un homme.

Cela signifie-t-il que si l’on redonne à l’argent la valeur qu’il devrait avoir, si on redonne aux hommes les dirigeants qu’ils réclament, le capitalisme pourrait rester à la place qu’il mérite ? cela veut-il dire que les peuples sont responsables d’accepter de suivre des règles qui se sont perverties jusqu’à servir des intérêts opposés à ceux qu’ils désirent tous ?

Rien n’est certain, car le capitalisme est une monstre dont la puissance grossit en même temps qu’il se nourrit. Mais comment laisser faire plus longtemps l’injustice d’un système qui nous oppresse et nous conduit à notre perte ? comment accepter le fait que l’Etat prenne désormais presque sous nos yeux les décisions contre l’intérêt général sans notre consentement, et que les lois censées nous protéger deviennent des lois protégeant l’Etat des méfaits qu’il nous impose ?

Qu’on ne vienne pas me ressortir la démocratie, qui n’est que le leurre apaisant nos consciences face à notre lâcheté. Si le seul choix que l’on nous propose est d’élire un homme dont la seule force est de savoir mentir mieux que son voisin, il vaut mieux se dispenser d’un déplacement aussi inutile. Que ceux qui craignent le nouvel ordre mondial se rassurent aussi, cela fait belle lurette qu’il est bien en place. Regardons ce que sont devenus nos dirigeants, partout sur cette planète : des agents aux soldes de grandes firmes, des VRP vendant leur camelote en porte à porte, des PDGs dont le conseil d’administration est formé de grands patrons et de leurs lobbies; mais pour le reste, ils s’entendent comme larrons en foire.
Mais sommes-nous encore capables de nous détacher de tout ce qu’on nous assène depuis tout petit : travailler pour gagner de l’argent, en avoir toujours plus, se soumettre à sa dictature pour garder l’espoir d’être libre un jour. Comment faire quand tous autour font la même chose ? ceux qui voudraient nous faire croire que la génétique forme nos êtres, que l’inné est une chose certaine qui fait nos différences et notre valeur sont ceux-là même qui inscrivent dans les programmes scolaires les messages et les mensonges qui nous font accepter l’injustice et la misère des autres, en les croyant naturelles et innées. Nous avons acquis notre culpabilité, et il faudrait croire en l’inné pour se laver de celle-ci. Double-pensée toujours…

Ne peut-on vraiment pas réfléchir autrement, et remettre les choses à leur place ? avons-nous déjà perdu notre dignité et notre humanité, pour que nous en soyons rendus à  accepter que l’on nous mente, à fermer les yeux sur ces mensonges, puis avoir l’espoir que le suivant ne fasse pas de même que le précédent ?

Pourtant, il devrait être clair pour tous que nous nous faisons berner, et pas depuis hier : on nous a promis maintes et maintes fois le progrès, l’amélioration de nos conditions de vie, le bonheur, le repos, la suppression de la misère et tant d’autres choses. Et en attendant, des millions d’êtres ne mangent pas à leur faim, n’ont pas de travail, ont froid, ont peur, ou travaillent toute leur vie pour mourir dans des conditions déplorables.

Pourquoi ? pourquoi les travaux les plus pénibles sont-ils les moins bien payés ? pourquoi les hommes politiques sont-ils payés pour une tâche qui devrait être un sacrifice (quand on les entend dire « un honneur de servir mon pays », quelle hypocrisie…), pourquoi y a-t-il des logements vides ? pourquoi la violence se produit-elle plus dans un contexte de pauvreté que d’aisance financière ? pourquoi les fils de pauvres ont-ils plus de chances de devenir pauvres, obèses ou  malades ?

Que se passerait-il si tous avaient le même salaire, et qu’on considère que celui qui travaille huit heures à ramasser les poubelles mérite autant que celui qui passe huit heures à servir des verres (que ce soit au Ritz ou au Bengladesh), ou que celui qui gère 2000 employés ?
Que se passerait-il au lieu de dire que la rareté fait monter les prix, on essayait de faire en sorte qu’il n’y ait pas de rareté. Pas de brevets, pas de monopoles. Comment accepter qu’une découverte ayant les capacités d’être utile à beaucoup soit abandonnée, ou protégée à des fins mercantiles ?

Et si on remettait tout à plat ?
Réfléchir ensemble comment supprimer les dettes des pays pauvres, comment nourrir et loger tout le monde, comment satisfaire à nos besoins essentiels avant de satisfaire aux désirs futiles de ceux qui ont perdu de vue l’essentiel. voilà de quoi faire un véritable programme. Pourquoi accepte-t-on encore que le programme nous soit imposé par le candidat, et ne choisit-on pas justement le candidat par rapport au programme établi par le peuple ?

Il nous faut tout remettre à plat. Car si nous sortons demain du capitalisme, cela ne sera pas pour autre chose que l’autoritarisme. face à la rupture des équilibres qui rendaient encore possible la recherche du bien commun, l’Etat est engagé dans un processus malsain qui l’a fait dévier de son objectif premier. En se transformant en acteur économique, il ne travaille plus que pour son intérêt propre, et ne pourra le cacher encore très longtemps.

La force des peuples doit se faire entendre dans des limites raisonnables et ne pas chercher à transformer le système sans avoir d’abord transformé les peuples. Utiliser des méthodes à l’encontre des principes de justice et d’humanité ne saurait établir un Etat durable et sain, et seul le temps permettra de faire correspondre les aspirations de tous les peuples avec un système qui leur convient. Il faut cependant être ferme dans nos demandes, et réclamer notre dû : la satisfaction des besoins du plus grand nombre, sans préjuger de sa valeur supposée. Nous sommes tous identiques par notre différence, et avons le droit, le devoir même, de réclamer qu’enfin l’Etat se préoccupe de l’intérêt général. Une fois nos prétentions établies, il nous faudra exiger qu’on les satisfasse. Il faudra pour ce faire établir de nouvelles règles, et remettre l’argent à sa juste place. Et pour les dirigeants, il faut qu’on les choisisse, pas qu’ils se présentent. Nous aurions fait alors un grand pas.

A ceux qui ne croient pas en la possibilité d’une telle démarche, qu’ils se mettent plutôt au travail. Regardons ce que nous voulons, et présentons-le aux volontaires. Mettons le à l’épreuve en réclamant le bénévolat du gouvernement, et faisons du peuple le véritable contre-pouvoir démocratique. Que les lois soient votées par référendum (internet le permet), et que le gouvernement soit censuré régulièrement par le peuple. Que véritablement nous retrouvions un Etat digne de ce nom, c’est à dire une émanation du peuple.

 

Caleb Irri

Une Réponse à “le capitalisme, le peuple et l’Etat”

  1. Pascal dit :

    On sent que l’heure est grave. Le compte à rebours semble véritablement enclenché. On recueille ici et là des signaux qui annoncent l’imminence de décisifs événements. Et sincèrement on ne voit pas bien ce qui pourrait permettre d’empêcher le crash.

    Ie pense qu’une fois le coup accusé psychologiquement, il ne faut pas chercher à éviter la crise, mais investir son énergie dans la compréhension de ce qui a conduit au désastre (en nous d’abord pour mieux comprendre ce qui a cloché à l’extérieur de nous) et ensuite considérer sur quelles bases prudentes, lentes, nous pourrons entreprendre de construire un renouveau qui soit vraiment nouveau et tienne compte des erreurs du passé.

    Se focaliser sur le court terme revient à faire des moulinets dans le vide et diffère d’autant la préparation du moyen terme. Il faut selon moi se préparer à quitter sous peu un monde qu’on croyait éternel pour se projeter dans un nouveau monde qui est/sera à (re)construire avec des changements certainement radicaux et possiblement douloureux, au moins psychologiquement.

    L’heure est à un travail de deuil individuel et collectif. Qui ne se fera pas en deux trois mois ! Mieux vaut commencer le plus tôt possible … Et ne pas chercher une issue de secours … qui ne serait qu’un faux semblant débouchant sur un labyrinthe où quiconque se précipiterait serait égaré par le jeu des miroirs qui lui renverraient les images complaisantes de ses propres projections ! Mais sans issue …

    L’impasse est totale ; nous sommes arrivé au bout du chemin. il faut revenir sur nos pas et retourner jusqu’à l’embranchement où nous nous sommes lourdement fourvoyés. Pour repartir de l’avant instruits de nos erreurs et armés souhaitons le d’une nouvelle méthodologie personnelle et collective (enseignée par l’éducation) qui nous permettrait de progresser moins vite mais plus intelligemment. C’est une autre façon de parler de sagesse.

    Edgard Morin parle d’anthropolitique, soit une politique basée guidée par la connaissance approfondie de l’homme en société.
    Ce que disent sur le sujet des gens comme Viveret, Stiegler, Maris et Dostaler, pour n’en citer que quelques-uns est intéressant. Toute référence complémentaire du même acabit, s’inscrivant dans la même perspective de compréhension rétrospective et prospective est la bienvenue. Pour (se) préparer (à) demain … :)

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