la politique n’est pas un jeu

Posté par calebirri le 17 décembre 2009

Internet a transformé la manière de faire de la politique. Quand autrefois un homme politique se distinguait dans les médias, c’était dû tout d’abord à ses prises de position, à ses propositions, à ses idées ,qui lui donnaient ensuite une visibilité médiatique à travers laquelle il pouvait faire passer ces idées.

Mais aujourd’hui, il semble qu’il faille avant tout pour le politique se préoccuper de sa visibilité, pour ne faire passer les idées qu’en second plan.
Et pour cause, avec internet, chaque personnalité dispose d’un potentiel de visibilité à peu près équivalent à celui des autres, et les sources sont si multiples que sortir « du lot » devient plus difficile.

On aurait pu espérer que cet état de fait permette de faire se distinguer les personnalités  dans un retour au débat politique à travers des idées fortes, mais on s’aperçoit qu’en réalité les idées sont désormais confondues dans la communication : ce n’est plus l’idée qui fait la visibilité, mais le buzz. Le buzz, c’est le « gros coup » permettant de se faire voir dans les médias.  Les petites phrases assassines de tel ou tel, les inepties proférées « en off » par certaines personnalités, tout cela c’est du buzz. Mais ce n’est pas de la politique. Le débat sur l’identité nationale, le redécoupage territorial, voilà où se trouve la politique. Pas la sortie d’un député insultant les étrangers, pas les manipulations sur le vote à l’assemblée. mais l’idée, le concept.

Mais à force de mélanger le people et le politique, les médias se sont laissés déborder et ont fait émerger la « politique spectacle », en entraînant la politique sur un terrain qui ne lui convient pas. Certains se sont crus en possession du même charisme que certaines starlettes en vogue, en oubliant deux choses essentielles : la politique n’est pas un jeu ; et les starlettes ne font pas long feu.

Car la différence entre la politique et le buzz, c’est le temps. Et si les buzzs disparaissent vite, les effets de la politique, eux, se fixent dans l’histoire.
Il ne faut pas oublier que si tout se conserve sur internet, on oublie tout très vite aussi : la multitude des informations est noyée dans un flux continu qui occulte rapidement les infos précédentes.
Lorsque le « Grenelle de l’environnement » est lancé, quand des modifications de la Constitution sont votées, quand les dépenses publiques sont acceptées, nous ne sommes plus dans le buzz, mais dans la politique. Que le buzz ait favorisé l’adoption de telle ou telle mesure, que la notoriété d’un responsable politique s’améliore sur un sujet donné, tout cela est  sans doute intéressant d’un point de vue médiatique, mais ce n’est pas l’important. L’important, c’est que la politique menée actuellement par le gouvernement entraîne des conséquences réelles sur la population. La côte de popularité du président est sans doute un élément de la politique, en ce sens qu’il influence certaines décisions prises par le gouvernement ; mais lorsque le but n’est que de faire remonter cette côte ( et non pas conduire une politique réaliste), le gouvernement fait la même erreur que ces starlettes à la mode : il fait n’importe quoi, ce qui peut aller jusqu’à l’autodestruction.

Et c’est justement à cela que nous assistons aujourd’hui. Pris dans un cycle infernal entre communication, visibilité, popularité, le gouvernement plonge peu à peu le peuple dans une bouillie indéfinissable ; à force de voir les ministres aux côtés des acteurs, des chanteurs populaires, à force de les épier dans leurs moindres paroles ou déplacements, de suivre leur vie privée dans les journaux à scandales, il semblerait qu’ils aient fini par se prendre au jeu de ce petit monde du show business, et qu’ils finissent par se brûler les ailes….. en nous entraînant avec eux dans leur chute.

Regardons la réalité en face : la situation économique et sociale de notre pays est grave : un million de chômeurs en fin de droits, la misère qui augmente, des perspectives industrielles et commerciales réduites, des investissements limités, le lien social qui s’effrite, le secours étatique qui s’affaiblit, la France (et de nombreux autres pays) foncent droit dans le mur.

Mais le gouvernement refuse de voir les choses en face car il souhaite rester droit dans ses bottes, comme une rock-star malade qui ne veut pas admettre la faiblesse de son état physique. A force d’être sous les feux de la rampe, sa dignité mal placée l’empêche de s’avouer ses faiblesses ou ses erreurs, et pour prouver à tous ceux qui le regardent qu’il est toujours en pleine forme, le voilà qui en rajoute un peu plus encore, « pour la montre »… quitte à ce que son état se dégrade encore.

Mais en politique, c’est tout le corps social qui trinque avec son gouvernement. Et c’est pour cela que l’on voit de plus en plus de « couacs » dans l’unité gouvernementale affichée. Certains voient bien où l’on se dirige lentement, et commencent à trouver que cela est dangereux pour le pays. Ceux qui ont échappé à la « pipolisation » sont conscients que ni les annonces, ni les chiffres truqués, ni les belles phrases, ni surtout les buzzs, ne sont en mesure d’améliorer la situation. Au contraire.

Il faut que ces personnes-là, de gauche ou de droite, aillent plus loin, et refusent l’illusion des fastes de la visibilité médiatique pour s’attacher au fond de la politique. Il faut qu’ils dénoncent enfin l’appareil néfaste qui se met en place contre le peuple tout entier, et malgré les décideurs eux-mêmes. Car il ne faut pas croire que nos dirigeants soient supérieurs à nous-mêmes. Comme les stars éphémères de la télé-réalité, une trop rapide montée vers la lumière échauffe rapidement leur égo, mais la lumière s’éteint vite ; à moins qu’ils ne s’y brûlent.

Mais la politique n’est pas un jeu, ni une illusion : c’est la réalité. Et les peuples ne sont pas des figurants, mais des êtres humains également. Que si nos gouvernants souffrent d’un manque d’amour qui les ronge à les en faire crever, qu’ils se fassent soigner. Mais qu’ils cessent de nous entrainer dans leur misère affective, nous ne les aimerons que mieux.

 

Caleb Irri

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