la guerre du dollar aura-t-elle lieu?

Posté par calebirri le 2 septembre 2009

Les liens entre la finance et la politique sont si étroits qu’ils se confondent souvent en un terme plus général formant un bloc appelé « économie politique ». ce bloc est aujourd’hui comme un iceberg dont n’apparait à la surface qu’une petite partie. Malgré la bourse qui remonte un peu et les destructions d’emplois qui se font moins rapides qu’attendues, l’état des finances des Etats est désastreux : les investissements chutent, les dettes publiques flambent, et la confiance ne tient qu’à un fil.

Et pour cause, en sous-main se joue sans doute le plus gros de la partie, qui représente la partie immergée de l’iceberg. Les données sont nombreuses et complexes (surtout pour un non-initié tel que moi) mais il semble tout de même qu’une bataille fasse rage entre plusieurs blocs d’intérêts contradictoires.

Le problème majeur (et commun) à tous concerne le dollar, qui est la valeur de refuge, ou valeur de référence de tous les Etats. Certains Etats, comme la Chine, le Japon ou d’autres comme les producteurs de pétrole, possèdent ainsi des sommes considérables de bons du trésor américain, en dollars donc.

La crise, aux Etats-Unis, a contraint l’Etat à creuser les déficits publics, en vendant des bons du trésor à ces pays. Mais la situation est telle qu’aujourd’hui il est presque impossible que l’Etat soit en mesure de rembourser ces bons si la situation l’exige. voilà le noeud du problème. C’est qu’à force de s’endetter, la confiance en la capacité de remboursement des Etats-unis s’est amenuisée, et fait courir des risques de chute du dollar par rapport à d’autres monnaies. Mais ces bons étant en dollars, laisser le dollar s’effondrer, c’est perdre de l’argent. beaucoup d’argent. d’autant que l’argent prêté aux Etats-unis » par des pays comme la Chine sert la plupart du temps à acheter… chinois. De fait, la Chine est engluée dans une sale affaire, ne pouvant pas décemment continuer à acheter des bons du trésor pour soutenir la demande américaine et le dollar, ni les vendre en masse sous peine de mettre les Etats-unis en faillite…et elle avec!

Voilà pour le problème.

En face de celui-ci, on voit clairement s’agiter les chefs d’Etats, qui dans un brouhaha suspect se sentent tout à coup pousser des ailes de robins des bois. Il faut moraliser le capitalisme, réglementer les salaires et les bonus, contrôler les banques et rendre transparents les paradis fiscaux.

Se pose de façon de plus en plus prégnante la question du changement de monnaie de référence, et diverses théories sont proposées, soit d’une combinaison de monnaies, soit d’une monnaie unique permettant de remettre les choses à plat. Les cours de l’or pourraient alors sans doute flamber, mais pas seulement…
Une monnaie unique pourrait permettre l’annulation de toutes les dettes, ou le recours à un étalonnage sur un métal précieux, que posséderaient en masse les pays puissants (uranium, pétrole, or ? )…

Ou bien peut-être pourrait-on envisager la création de « points-argents », un autre nom pour les tickets de rationnement. Car si une monnaie unique était créée, cela mettrait fin de fait à la plus grande partie de la spéculation. Les banques n’auraient alors plus de raison d’être, et l’Etat pourrait à lui seul administrer ces bons points. Mais ça n’est pas pour tout de suite.

Concrètement, on voit aujourd’hui la Chine (et les autres) tentent discrètement de vendre leurs bons du trésor, par l’intermédiaire du médiatique semblant d’un retour progressif à la croissance. En parallèle, les Etats commencent à ne plus trop espérer des jeux spéculatifs, car l’économie réelle a essoufflé leurs capacités financières, et écorné leur image auprès des populations.
Car le lien entre les banques et les gouvernements n’est fort (soudé à l’intérieur des banques centrales), que lorsque la tension est équilibrée. Ce lien a permis dans l’urgence d’abaisser fortement les taux d’intérêt, afin de permettre aux Etats d’emprunter de l’argent pour pas cher. Mais la réalité économique est peu à peu en train de fissurer ce lien, à l’intérieur et à l’extérieur des frontières d’un seul Etat.  Les besoins immenses des Etats, mis en rapport avec les défis futurs (climat, énergie, démographie, nucléaire) sont tels qu’ils ont besoin des banques (on le constate par l’ampleur des sommes engagées pour le sauvetage des banques) pour relancer l’économie, mais également qu’elles les gênent par le caractère outrancier de leurs revenus (bonus et bénéfices), et de leurs comportements (peu de crédits accordés). Cette débauche d’argent choque les populations qui demandent de la transparence, ce que les gouvernements ne peuvent encore empêcher.

Du coup, les paradis fiscaux sont attaqués officiellement de toutes parts (l’opinion publique possède encore cette force, et les Etats tentent de récupérer des sous des « évadés fiscaux), mais à travers ces derniers c’est tout le système des chambres de compensation et l’opacité de celui-ci qui sont en danger. Si on touche aux vrais problèmes, ce sont à la fois des Etats souverains qui sont mis à mal, mais aussi les trafics, les commissions occultes, les ventes d’armes, des milliards de milliards qui sont en jeu. Le système capitaliste dans son ensemble risque gros.

C’est d’ailleurs sans doute pour ces raisons que les gouvernements et les banques jouent un jeu serré. Les premiers souhaitant donner le change aux peuples en menaçant les seconds de lois plus contraignantes, les seconds ne lâchant que peu, juste pour continuer à faire fonctionner un système dont les premiers sont également bénéficiaires. Cela ne plaît en définitive ni aux premiers ni aux seconds, mais il est nécessaire pour ces deux pouvoirs (financier et économique) de créer ensemble la troisième voie qui se dessine logiquement… mais qui sera difficile à imposer. Car les plus grands dirigeants et les plus grands financiers ne sont que des agents du capitalisme, en ce sens qu’ils ne réfléchissent qu’en terme de profits. Certains Etats vont être tentés de profiter de la fragilité de leurs peuples ou de leurs homologues, certains financiers vont vouloir tirer sur la corde le plus longtemps possible. Les banques ne sont pas prêtes à lâcher leurs profits non plus, et les chambres de compensation servent à tous ou presque.

En définitive, il n’y a à terme qu’un problème, et sans doute qu’une seule solution : une nouvelle gouvernance mondiale, un nouvel ordre économique. Après avoir rendu possible le contrôle de tous les échanges à travers le monde, les gouvernements tenteront de s’assujettir les banques et la finance toute entière pour instaurer un monde sans argent. Mais la bataille sera rude car les financiers ne renonceront pas facilement à leurs profits. Et de nombreux Etats refuseront le nouvel ordre qu’on voudra leur imposer.

Petit à petit se formeront les alliances et se feront jour les protectionnismes. Face à la misère engendrée par des crises qui ne manqueront pas, on fera ce que tous les Etats ont déjà fait pour occuper les corps et les esprits : on fabriquera des armes et on enverra les peuples se battre : le camp qui aura gagné imposera alors son idéologie…s’il nous reste encore une planète pour le faire.

 

caleb irri

2 Réponses à “la guerre du dollar aura-t-elle lieu?”

  1. Tim K dit :

    Longue analyse pour en arriver à une conclusion que tout le monde pressent: la guerre.

    Oui, la guerre, la guerre. Il est vrai que les commentateurs les plus prudents n’osent pas encore le dire. Même vis-à-vis d’eux-mêmes, ça leur ferait trop peur.
    On peut même dire que quand la guerre fera bel et bien partie de la vie de tous les jours, il est possible qu’on n’en parle même plus. On commentera plutôt les choses qui vont bien, les gens qui ont été sauvés par exemple ou les marchandises qui ont pu arriver…

    Parler de la guerre est normal en ces temps difficiles, on peut le voir comme cela. Las! C’est pénible de s’entendre dire à chaque analyse qu’il va y avoir la guerre.

    Combien y’a-t-il de dimensions à la vie? Une dimension économique, une dimension politique, oui mais… la dimension familiale ou artistique par exemple et toutes les dimensions moins sombres? Non pas que je voudrais inciter à retourner aux « vraies valeurs », non ça serait trop facile… Simplement, en tout temps, de guerre ou de paix, de pré-révolutions ou de révolutions, il faut pouvoir s’évader. Faites-le, c’est important!

    Tim K

  2. calebirri dit :

    @ Tim K

    On peut voir les choses comme vous dites, effectivement. La vie est sans doute plus fort que tout, plus fort même que la guerre… Cela veut-il dire pour autant qu’on ne doit pas l’évoquer, ne serait-ce que pour faire en sorte de l’éviter ?

    Pour le reste, je vous suis totalement. Et je le fais !

    merci

    Caleb Irri

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