ce que vaut la vie

27 août 2009

argent, le travail, misère

Il y a ceux qui pensent qu’une vie réussie se juge au nombre d’années (en quantité), et ceux qui la déterminent par son intensité (qualité). Bien sûr, l’idéal serait une vie longue et intense, mais il semble que la Nature soit ainsi faite qu’à part de très rares exceptions, la Vie est comme une sorte de balance avec laquelle il faut composer.

En réalité la vie est une énergie plus ou moins déterminée, et le rapport entre qualité et quantité fonctionne selon la théorie des vases communicants : l’énergie dépensée est fonction de la vitesse par rapport au temps qui passe.
Autrement dit, celui qui utilise beaucoup d’énergie en peu de temps développera plus d’intensité que celui qui en utilise peu en plus longtemps.

Cette faculté de choix qui est offerte à l’être humain peut être appelée « libre arbitre », et renvoie directement à la conception qu’il a de la mort. Cette faculté est l’apanage de l’Homme, et le différencie des animaux, et ceci de manière définitive. La conception de la mort est une donnée culturelle qui a largement été explorée par toutes les civilisations, en tous lieux et à toutes les époques. Qu’elle soit considérée comme une fin ou simplement comme une étape, elle détermine la manière dont l’homme conçoit son rapport au temps, et ainsi son rapport à l’utilisation qu’il fait de son énergie.

La réussite d’une vie est donc la conséquence de cet équilibre entre intensité et qualité, lui même orienté par la conception personnelle inculquée par la société dans laquelle il vit.

Mais c’est sans compter sur le capitalisme, qui dans sa toute puissance a réussi à pervertir jusqu’à cette notion du bonheur (le résultat de ce rapport censé être conscient) à laquelle nous estimons pourtant tous avoir le droit. En travestissant cette notion par des attributs extérieurs, la soif de l’argent a remplacé celle du bonheur, allant parfois même jusqu’à pousser certains à trouver le temps long, alors qu’il devrait lui sembler s’écouler à une rapidité vertigineuse.

Concrètement, il ne nous reste guère plus que les cinq premières années pour jouir du temps, et d’une vie sans soucis. C’est la première étape, celle des jeux, du plaisir et de l’insouciance juvénile. Et des rêves surtout.

Ensuite et très rapidement vient le temps de la formation, ou du conditionnement, selon la manière dont on l’appréhende. il faut intégrer la notion de réussite scolaire, et abandonner peu à peu les joies enfantines pour se projeter dans le labeur, et le choix d’une orientation professionnelle rémunératrice. Cette étape est longue et fastidieuse car elle ne correspond pas au naturel de l’adolescent, qui se doit de frustrer sa quête du bonheur pour atteindre à ce qu’on appelle la maturité.

Que cette étape dure jusqu’à 18 ou 25 ans importe peu, car la maturité nous attrape tous à la fin. Ayant abandonné ses rêves de grandeur, le jeune ayant fini son cursus scolaire se doit de trouver rapidement sa place dans la société, au risque de se tromper de voie, ou de ne pas être en capacité d’assurer sa subsistance. le rapport entre la qualité et la quantité évoqués plus haut ne lui est déjà plus dicté par son libre-arbitre, mais par la nécessité économique.

Une fois dans le monde du travail, le but de l’homme, désormais adulte, est de gagner suffisamment d’argent pour d’une part satisfaire à ses besoins (et ceux de sa famille), et d’une autre de préparer sa retraite, dans laquelle il met tous ses espoirs et ses désirs déçus jusque là. Il croit qu’arrivé au bout de ce chemin il lui sera possible d’enfin pouvoir profiter de son temps, et de son argent, abandonnant ainsi son choix conscient à une date ultérieure.

Alors il travaille, encore et encore, à tel point qu’une fois arrivé au bout de ce chemin, possédant sa petite retraite, après avoir payé les études aux enfants partis de la maison (pour peu que la femme soit restée jusque là, que la maladie n’ait pas emporté l’un des deux, et que les enfants volent de leurs propres ailes) il se retrouve enfin libre, mais vieux et n’ayant plus le physique lui permettant d’accomplir toutes les belles choses qu’il s’était promis d’accomplir. Et pour cause, son énergie est presque entièrement dépensée, et de choix il ne lui en reste guère plus qu’un, celui de la quantité.

S’ensuit alors une période de regret, voire de déprime totale.

Et si on ajoute à cela qu’il lui faut finir sa vie seul et abandonné dans une maison de retraite, incapable de vivre sans aide extérieure, il mourra sans avoir pu accomplir le moindre des rêves qu’on lui avait pourtant autorisé de produire, quand il était petit. Le choix qui l’a conduit à préférer la quantité à la qualité lui semble désormais vain, et c’est avec regret qu’il regarde son passé. La course à l’argent lui a faussé à la fois la notion de qualité et celle du temps, qui lui sont à jamais perdus. Aigri, déçu et dégouté, il attendra la mort avec impatience, en se disant qu’il aurait du faire autrement.

La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie.

 

caleb irri

5 Réponses à “ce que vaut la vie”

  1. Le Monolecte Dit :

    Le contre-point de cette description de la vie assez réaliste, c’est le fameux carpe diem. L’idée n’est pas de faire tout et n’importe quoi sans se soucier des conséquences, mais bien de ne pas compter sur un futur hypothétique pour réaliser ce qui doit l’être. Une amie japonaise m’avait parlé de cette extrême différence culturelle à travers une barquette de fraises : les français ont tendance à toujours garder les meilleures pour la fin, alors que le Japonais commence forcément par les plus savoureuses, tant il est conscient qu’il est possible qu’il n’arrive jamais au bout de cette barquette.
    Pour faire mon Forest Gump, je dirais donc que la vie est comme une barquette de fraises : bouffons les plus savoureuses tant que nous sommes sûrs de pouvoir en profiter. Ainsi, plus tard, nous n’aurons pas de regrets. Ne pas avoir de regrets, c’est donc aussi oser se casser la gueule pour ne jamais avoir à regretter d’avoir été trop prudents.

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  2. jo benchetrit Dit :

    C’est bien de réfléchir à tout ça. Mais j’ai le sentiment d’un jeune qui joue les vieux sages!
    je trouve tjrs très douteux ce genre d’affirmations: « Cette faculté de choix qui est offerte à l’être humain peut être appelée « libre arbitre », et renvoie directement à la conception qu’il a de la mort. Cette faculté est l’apanage de l’Homme, et le différencie des animaux, et ceci de manière définitive. »
    n’importe quel animal doit entrer dans cette case?
    de l’amibe aux singes?
    Et que sait-on, en fait, de ce qui se passe en celui qui n’ayant pas la langue que nous avons, de celui que nous sommes trop sots pour le comprendre? alors que les animaux montrent souvent nous comprendre si on prend la peine de leur parler, ben oui, on peut parler aux autres animaux avec notre langue, eux savent mieux que nous decripter car on les terrorise et que leur survie passe par cette adapation qui consiste à comprendre la langue du tyran, et je parle là des mouches aussi bien que des animaux dits supérieurs…Mais n’oublions pas que les mouches partagent la moitié de nos gènes.
    Ceci se veut simple mise en garde contre notre habitude de croire savoir : »l’animal », entité imaginaire, de par notre sottise nous est assez opaque pour qu’on y projette n’importe quoi.
    Pour en revenir à votre sujet: ne perdons pas notre temps qui nous est compté de toutes les manières et profitons de notre passage pour améliorer ce monde qui souffre de notre tyrannie terroriste. ou plutôt améliorons nous pour sauver le monde agonisant et souffrant de notre fait. et vous verrez que même vieux, vous n’aurez pas hâte d’en finir tant la tâche est immense et prenante. Le plus important, c’est pas notre bonheur, mais l’urgence de tirer des griffes des hommes des êtres suppliciés.
    Be vegan.

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