l’argent ne fait pas le bonheur, il l’empêche

Posté par calebirri le 2 avril 2009

Je termine en ce moment la lecture des « propos sur le bonheur », du célèbre philosophe Alain. Il s’y trouve de nombreux textes intéressants, qui répètent largement une vérité indiscutable : le bonheur est possible à une condition incontestable : le vouloir vraiment.

 

Ce constat n’est pas nouveau, et se trouve dans la lignée de nombreux philosophes qui, depuis les premiers âges, s’épuisent à essayer d’aider les hommes à accéder à ce qui devrait être leur unique objectif, à savoir le bonheur. Pourtant, il ne fait aucun doute que cet objectif n’est atteint que par très peu, comme le prouvent les besoins croissants de psychologues, psychiatres et autres médecins de l’âme. Surtout dans nos contrées dites développées. Confirmant ainsi la sainte maxime « l’argent ne fait pas le bonheur ». Mais j’irai même plus loin, en ajoutant que non seulement il ne le fait pas, mais surtout qu’il l’empêche.

 

En effet il y a lieu de se poser la question. En ces temps de crise il semble que le capitalisme ne soit plus en mesure de satisfaire au bonheur des hommes, et ce à tel point que les chantres de « la main invisible » se font moins diserts sur le sujet. Se trouvant contraints de revenir aux fondamentaux, il n’est plus question aujourd’hui de croissance et d’investissements, mais de morale et de confiance.

On s’aperçoit également que les cours de bourse, que certains calculent et que d’autres prédisent, ne sont en réalité dépendants que d’un seul facteur déterminant, justement cette confiance que les gouvernements ont bien du mal à faire revenir.

 

On pourrait donc légitimement se demander si, à l’heure où les économistes ont montré leurs limites, on ne devrait pas les remplacer par des philosophes, qui eux sont en mesure d’apporter des réponses concrètes non appuyées sur un système qui fait défaut.

Car il est effectivement étonnant de constater combien l’absence de philosophes dans le paysage médiatique est criante, alors même qu’ils sont des centaines à s’évertuer, et ce depuis les âges les plus reculés, de faire prendre conscience aux hommes que le bonheur est quelque chose qui se décide, et non pas qui s’achète. Je dis « étonnant » car dans ma naïveté première, je m’interrogeais sur le fait que les clefs existent dans la recherche du bonheur, et que si tous lisaient Alain, ou un autre des philosophes traitant des mêmes sujets (ils traitent tous, à leur manière, du bonheur de l’être humain), le monde serait bien différent de celui d’aujourd’hui.

 

Alors pourquoi les hommes sont-ils si malheureux ? N’ont-ils pas accès à ces philosophes édités en poche ? N’ont-ils pas la capacité de comprendre les pensées des philosophes, qui se sont pourtant exprimés de tant et tant de manières différentes dans le but de toucher un public nombreux ?

Ou bien les censure-t-on en voulant faire croire qu’ils sont obscurs, difficiles à appréhender et déconnectés du monde réel ?

Car c’est bien au monde réel qu’ils s’accrochent pourtant, et leur message pourrait bien, s’il était porté sur le devant de la scène médiatique, être en mesure de transformer ce monde réel qui a perdu ses repères. Ce message exprime depuis toujours la même chose, et c’est peut-être là l’explication majeure de l’absence de philosophie dans la politique : l’homme est capable de trouver en lui-même le bonheur, sans avoir besoin de critères matérialistes ou sociaux extérieurs pour se juger. Pas besoin de posséder tout, de consommer trop ou de rêves de pouvoir, de force ou de richesse. Le bonheur n’est pas à l’extérieur mais à l’intérieur de nous, et cette vérité si elle était sue et comprise, ferait s’écrouler tout le système de désirs consuméristes, et avec eux les puissances qui les créent, et les élites qui les soutiennent.

On comprendrait ainsi que ce n’est pas l’argent qui nous apportera la richesse intérieure, mais qu’on peut se satisfaire de l’essentiel sans frustration, et sans déception.  Pas besoin de posséder trop, juste d’être en mesure de posséder le nécessaire. Imaginez le renversement de paradigme que la philosophie peut entrainer : tout le capitalisme, basé sur ces fondations du « toujours plus », mis en confrontation avec le « juste ce qu’il faut » pour être heureux. Le premier ne ferait pas le poids, et c’est toutes les élites qui se verraient renversées.

Ainsi on comprend mieux pourquoi, malgré la foule de philosophes exprimant sensiblement les mêmes idées depuis des siècles, on ne répercute pas leurs paroles au grand public. On comprend mieux pourquoi les heures de philosophie à l’école sont toujours un peu plus courtes, et aussi pourquoi on forme le moins possibles les hommes à la compréhension de ces idées : elles sont dangereuses pour l’ordre établi.

 

Car on s’apercevrait ainsi que non seulement l’argent ne fait pas le bonheur, mais qu’en plus il empêche de le trouver.

 

caleb irri

Une Réponse à “l’argent ne fait pas le bonheur, il l’empêche”

  1. Mitch dit :

    J’ai récupéré un live que ma mère avait étudié dans le programme obligatoire de l’époque: Alain, Propos sur le bonheur; elle voulait le jeter. Je l’ai toujours gardé, me disant que ce serait intéressant de le lire un jour mais sans trop savoir de quoi il trait… Quand j’ai demandé à ma mère de quoi parlait ce livre, elle n’a trop su me répondre, mais ce n’était pas intéressant. Pourtant ma mère fait souvent de la philosophie sans le savoir… beaucoup de gens en font sans le savoir et quand je leur dit qu’ils en font, ils sourient tout en exprimant une forme de gène, comme si la philosophie était quelque chose d’inutile.

    C’est comme si la philosophie était cette matière pénible et académique, dispensée par des tirants intellectuels qui en fin de compte n’ont rien compris à l’objet de leur enseignement (ce n’est pas une généralité absolue mais fréquemment rencontrée). Ce qui crée des générations de personnes « allergiques » à la philosophie. Celle-ci est l’ennemi du pouvoir, au même titre que tout autre type de connaissance. Je vous conseille le film « idiocracy », certes pas un chef d’oeuvre cinématographique mais qui dresse un tableau du futur qui fait froid dans le dos.

    Merci pour votre billet.

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