la politique du fait divers

Posté par calebirri le 3 août 2008

Face à la recrudescence de ce qu’on appelle des « faits divers » le téléspectateur moyen est facilement porté à croire que son voisin est un tueur en série, un voleur ou un gangster.

Ce phénomène n’est pas nouveau et a déjà permis de faire élire des candidats porteurs de programmes sécuritaires, conséquences de la peur engendrée par la profusion des faits constamment relayés par une presse avide d’audimat… et d’une curiosité malsaine.

 

Aujourd’hui la « une » des journaux soi-disant généralistes est digne de la plus vile presse à scandale et fait la part plus que belle au fait divers. Mais les conséquences de ces mises en avant ne sont pas que politiques : elles sont désormais aussi législatives. Qu’un chien morde une grand-mère et une loi sur les chiens dangereux est votée ; qu’un enfant soit tué par un homme dont l’ADN n’est pas fiché justifie de ficher tout le monde.

 

Pourtant, les chiffres de la délinquance sont paraît-il en forte baisse, et ce depuis de nombreuses années.

En réalité il n’y a pas plus de meurtres qu’auparavant, ils sont simplement relayés systématiquement par les médias, qui les ont changé de catégorie : de la rubrique « faits divers » ont les place dorénavant en « une », ce qui permet ainsi au gouvernement de justifier la mise en œuvre de mesures sécuritaires plus draconiennes que jamais. Un climat de peur et de suspicion générale accompagne ainsi les nouvelles, ce qui suscite de la part des médias une recherche constante de tous les actes similaires, en même temps que cela provoque chez les spectateurs le désir malsain (et humainement compréhensible) d’en savoir plus.

 

Alors on légifère, et le peuple approuve. Et oui, le meurtre du petit Valentin est monstrueux. Bien sûr que l’on voudrait connaître et attraper le meurtrier. Sans doute que le fichage ADN de tous les êtres humains permettrait de retrouver tous les tueurs du monde. Mais trouver le coupable n’est pas l’empêcher d’agir, et je suppose que la folie meurtrière dont a été victime ce malheureux enfant n’aurait pas été stoppée par la peur du gendarme. Pas plus que la Loi sur les animaux dangereux n’empêchera un chien de l’être.

Finalement on pourra punir mais pas prévenir. Est-une victoire ?

Il faut punir bien sûr, mais ne soyons pas naïfs : aux vues des taux de récidive constatés et même des horribles peines mises en œuvre toute au long de l’histoire humaine, il est incontestable que ni la prison ni la torture ni la mort n’ont jamais empêché ni les fous ni les monstres. On pourrait même faire apparaître une corrélation entre la baisse de la délinquance et la réduction des peines. Sans doute est-ce parce que la sanction justifie l’acte, mais c’est un autre sujet.

 

A la rentrée il y aura une proposition de loi concernant le fichage ADN, j’en fais la prédiction. On reparlera alors de tous les faits divers des mois derniers, et on justifiera ainsi cette proposition. La CNIL émettra un avis défavorable, et tous les organismes de défense des droits de l’homme aussi. Mais la sécurité est une chose importante pour le président. Des garanties seront données sur l’utilisation de ce fichier, et dans un premier temps rien ne changera. Peut-être même élucidera-t-on une ou deux affaires… mais peu à peu on étendra de nouveau les possibilités d’utilisation de ce fichier, comme par exemple de le coupler avec certaines puces RFID pour justifier de l’identité de son porteur. Et l’impossibilité pour ce dernier d’échapper à la surveillance de ses moindres faites et gestes

 

 

caleb irri

Une Réponse à “la politique du fait divers”

  1. Jacques Martel dit :

    Vous avez raison… La liberté de presse à raison aussi. Il appartient au journaliste auteur de l’article de relativer l’événement. Sauf qu’il n’est pas conscient de la nécessité de le faire, ou ne le veut pas. Tout le problème est là. On dira que le lecteur sait faire la part des choses. Sauf que celui-ci ne sait probablement pas que le taux de la criminalité n’a pas cessé de diminuer depuis la fin des années 1980 au Canada, à tout le moins : je ne possède pas les chiffres des autres pays occidentaux. Un cercle vicieux duquel il sera difficile de sortir.

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