Depuis quatre semaines maintenant sort (presque) tous les samedis un nouveau journal intitulé « blablabla hebdo », sorte de revue de presse ironisant sur les médias généraux. A la lecture de l’encart intitulé « la censure des « confrères » et des messageries de presse MLP », j’ai été frappé par la sincérité du texte et par une phrase en particulier : « Notre premier numéro a fait un énorme bide- quand nul ne sait que vous existez, personne ne va vous demander au marchand de journaux, c’est d’une logique implacable. »
Oui, implacable. Ce qui existe n’est que ce dont on parle. L’Histoire ne retient que cela, et finit par ne faire exister que ceux dont elle a daigné parler. Tout le reste n’existe pas.
Logiquement, l’auteur avait d’abord résolu la question de la censure : le silence est la pire des armes, car elle n’est pas critique d’une chose existante, elle nie tout simplement celle-ci.
Le capitalisme a transformé le quatrième pouvoir, la presse, en appareil de censure étatique à la solde des gouvernants. Alors qu’auparavant les journaux étaient censés faire écho à la voix du peuple, aujourd’hui elle reprend clairement celle de ceux qui financent les médias. Pas étonnant qu’un journal comme « Blablabla hebdo » ait des difficultés à survivre, car il critique les médias sans distinction. L’indépendance dont il se targue est la cause de son boycott (age ?). N’ayant pas d’ennemi clairement défini, il n’a pas d’ami non plus.
Si ce journal disparaît, personne ne saura dire s’il était bon ou mauvais. Il n’aura pas existé, de la même manière que pour les enfants Chinois il ne s’est rien passé place Tienanmen. A l’heure où l’on dit se battre pour la liberté d’expression, on s’aperçoit qu’il est possible de censurer sans contredire ce principe. Le silence suffit à évincer l’opposition par l’oubli.
Ah, ce brave Orwell avait bien compris que l’oubli n’était qu’une étape vers la transformation de l’Histoire. Le silence est terrible, et il peut être remplacé par une autre voix, plus puissante et plus forte que celle de la vérité : elle crée la réalité, et on inverse le processus : ce dont on parle fait exister l’Histoire. Ce qui est vrai est ce qui est réel, et est réel ce dont on se souvient, ce dont on parle. Pas besoin de censure… ainsi l’on retiendra que les peuples ont approuvé le traité européen, et que le président du Zimbabwe a été réélu en 2008 pour la sixième fois consécutive, tout cela démocratiquement.
Enfin, que ce journal plaise ou ne plaise pas, il a le mérite d’être innovant, critique et humoristique, d’autant plus que l’idée de départ est une bonne idée : faire la revue de presse de tous ces médias permet de mettre en une fois à la portée de tous les principales aberrations de l’information. Il faut lui laisser la chance d’exister, de s’améliorer, de se construire en en parlant, tout simplement. On peut le critiquer, le détester ou s’en moquer, tant mieux.
Peut-être même il est capable de faire de la publicité aux médias cités, car pour se faire une idée plus juste de la critique formulée rien n’est meilleur que de se rendre à la source. Certains ne connaissent ni « bakchich » ni « rue89 », et peuvent à cette occasion s’y intéresser.
En tout cas je vous invite chaleureusement à faire passer mon message car vous ferez ainsi preuve d’ouverture d’esprit, vertu rare et de ce fait fort appréciée par certains lecteurs. Il paraît même que c’est vendeur…
caleb irri



20 avril 2008
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