renverser le capitalisme

Posté par calebirri le 7 février 2010

On ne cesse de vous le répéter : à petits pas, la crise s’en va. Un million de chômeurs en fin de droits, dix millions de personnes « mal logées » (environ une personne sur six !), la bourse plonge à nouveau, les investissements sont faibles, les ménages ne consomment pas assez, et le déficit public est alarmant. Bon. Mais les banques ont fait de bons bénéfices, ont distribué des bonus records, se refinancent à l’oeil et ne prêtent plus (et oui, pour ne pas être responsables de nouveaux subprimes !). C’est que tout va mieux, non ? sans compter les ventes de voitures, de vaccins et peut-être d’armements.

Mais arrêtons de rire une seconde et regardons les choses en face : les gouvernements ont sauvé les banques avec l’endettement que supporteront nos descendants, soit. Mais qui sauvera les Etats ?
Voilà une question à laquelle il serait judicieux de répondre.

Pour ma part, j’ai envie de crier « pas moi ! », et je suis persuadé que je ne suis pas le seul. Alors pourquoi ne pas inverser la vapeur ? si le biais par lequel on nous attaque est celui de l’argent, pourquoi ne pas prendre les organisateurs de ce jeu de dupes à revers ?

Bien sûr qu’il y a des solutions ! regardons bien comment tout cela fonctionne : obligation de posséder un compte en banque, démonétisation, création de monnaie fictive par l’intermédiaire des banques et de leurs spéculations, filouteries législatives et pots de vins en tous genres, impôts obligatoires, assurances, mutuelles, frais de dossiers, frais d’agences, TVA, tout cet arsenal nous oblige sans arrêt à passer par des intermédiaires qui nous coûtent beaucoup sans nous servir vraiment.

Quand on réfléchit à ce que l’on dépense au nom de « la protection sociale », du « bien public », et les bénéfices que l’on en tire, la balance fonctionne-t-elle comme elle le devrait ? Les assureurs, les banquiers, les grandes firmes censés nous apporter des « services » sont les plus gros bénéficiaires de la casse sociale qui nous accable.

Non seulement les services publics et les prestations sociales diminuent sans diminuer les taxes censées les mutualiser, mais en plus il nous faut cotiser dans le privé à des tarifs exorbitants. Les banques se font de l’argent sur notre dos, à tout moment du jour ou de la nuit, et nous refusent les crédits sous prétexte qu’on leur coûte trop d’argent. Et pour couronner le tout, il va falloir travailler plus longtemps pour simplement conserver des retraites qui ne permettent même pas de mourir dans la dignité.

Mais si on regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit rapidement que les salaires des grands patrons, ceux des traders, des ministres, des hauts fonctionnaires, sont en réalité payés par la somme des petites contributions populaires. Ce sont les plus pauvres qui font tourner la machine capitaliste. Les plus rentables ne sont pas ceux qui ont de gros revenus, mais la somme des petits : ceux qui payent des agios, consomment du crédit revolving à des taux exorbitants, ceux qui payent leur maison presque le double de ce qu'elle vaut. ceux qui sont le plus malades car ils ont un métier pénible, ceux qui dépensent leur salaire jusqu'au dernier sou sans pouvoir en économiser un seul.

 

Car il faut bien se rendre compte que l’argent n’apparaît pas comme cela :  ce sont toutes nos cotisations individuelles, tous nos achats, toutes nos activités qui sont le seul moyen pour créer le salaire de ces gens-là. Sur votre police d’assurance, ou votre mutuelle, la somme que vous verrez chaque mois entre dans le cadre de la mutualisation des millions de cotisations, qui vous coûtent la plupart du temps beaucoup plus cher que si vous aviez économisé dans votre coin en cas de coup dur (tout ça sans franchise, ni expertise vous annonçant toujours que vous n’avez pas bien regardé les petites lignes de votre contrat et que l’assureur ne peut pas -malheureusement, bien sûr- vous indemniser.

Pour les impôts c’est pareil. Notre argent file tout droit de notre salaire d’abord, et ensuite par la TVA, et enfin par les impôts, et bientôt par la taxe carbone, dans les poches d’un Etat qui va le reverser soit à ses propres collaborateurs, soit aux amis de ces derniers, dirigeants d’entreprises privées soit avec lesquels ils ont l’habitude de travailler, soit avec qui ils ont fait leurs études…

Vous voulez que ça s’arrête ? et bien ne leur donnez plus votre argent ! reprenez votre liquide à la banque, et dépensez-le ! vous détruirez les bonus et les banques.

Travaillez au noir, et vous ne paierez pas d’impôt, payez votre médecin en liquide et vous reboucherez le trou de la sécu, cessez de payer votre assurance et vous serez plus riche ! donnez votre production et vous ne serez pas taxé, boudez les agences immobilières, les syndics, et le prix des maisons baissera. Organisez-vous sans eux, et ils s’apercevront qu’ils ne peuvent pas vivre sans vous.

 

Caleb Irri

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la gratuité est la seule alternative

Posté par calebirri le 3 février 2010

Le remplacement du capitalisme est une question délicate. J’ai déjà beaucoup écrit à ce sujet, et termine souvent dans la même impasse : l’impossibilité de faire sinon autrement, au moins mieux. Car il faut dire que je ne crois ni en la possibilité d’un capitalisme « moralisé », ni en celle d’un autoritarisme « paternaliste ». Pour moi, ces deux solutions entrainent inévitablement la misère et l’exploitation du plus grand nombre, car ces deux systèmes sont basés sur des rapports de force, et donc fondés sur l’injustice.

Il peut être intéressant de s’interroger sur l’opposition entre ces deux termes, justice et force. Car il est de fait que lorsque l’un augmente, l’autre diminue en conséquence ; c’est une loi quasi naturelle.

La seule solution pour sortir de ce rapport donc, de mon point de vue j’entends, consiste pour moi en un système non plus fondé sur la rareté qui crée l’injustice (celui qui possède plus est plus fort que celui qui possède moins…), mais plutôt par l’opulence seule capable de créer la gratuité.

Ne parvenant pas à amorcer le début d’une réflexion censée et crédible sur ce à quoi pourrait ressembler un tel système concrètement, je parviens parfois moi-même à me persuader que le capitalisme est impossible à vaincre, et qu’il faut bien se rendre à l’évidence : composer avec ce dernier, et ce malgré l’inutilité flagrante d’une telle espérance. Car pour changer le système, je pars toujours d'un point de vue capitaliste : changer les règles, définir une morale, refonder l'éducation, je me trouve chaque fois face à un mur de refus logique qui provient de l'état actuel des choses. comme si je demandais à une pierre de remonter la montagne d'où elle est tombée.

Mais en prenant le problème d’un autre point de vue (celui de l’esprit), rien n’est impossible en théorie. Si le système capitaliste enchaîne les réformes à son propre fonctionnement, le fait de se séparer du concept même de l'argent remet l'esprit humain et les relations sociales, la société toute entière dans une autre perspective.

Imaginons un instant que l’annonce soit faite qu’à partir de demain, tout ce qui se trouve dans les supermarchés soit gratuit : en deux jours le magasin serait vidé, des heurts auraient lieu rapidement d’abord entre clients, puis avec la police ; rupture de stocks, bazar complet. Mais si l’annonce stipule que cette gratuité sera la même le lendemain et les autres jours qui suivront, que les supermarchés seront remplis comme aujourd’hui, alors nul besoin de se précipiter.

Si on autorisait chacun à posséder autant de voitures qu’il le souhaite, en voudrait-il plus qu’il n’en peut conduire ? surtout si tous les voisins ont la même possibilité que lui ?

Alors que revoilà les « terre à terre » avec leurs arguments, et qui voudrait travailler, et comment faire pour vaincre l’égoïsme et les « rapaces » de toutes sortes ?
Que ceux-ci réfléchissent bien : passer des journées à ne rien faire, tous et tout le temps, qui désire réellement cela ? nous désirons le repos que parce qu’on nous impose le labeur… arrêtez-vous de travailler cinq minutes et vous verrez ! ceux qui sont à la recherche d’un travail vous le diront : ils s’ennuient.

Et pour éviter les abus, on peut très bien imaginer comment les choses pourraient fonctionner, en établissant une règle simple : le don n’est pas obligatoire. Cela signifie que le producteur possède sa production, et ne la donne qu’à celui qui, à ses yeux, le mérite.  Pour les produits faits en commun, il serait même envisageable de remettre en cause ce don à chaque étape du processus de production, par la solidarité des relations humaines ; le contact “commercial” se trouvant en quelque sorte conditionné à l'établissement préalable de liens entre les humains. On peut imaginer que l’hypocrisie ferait peut-être au début quelques déçus d’un tel système, mais il faut savoir que l’hypocrisie ne dure jamais longtemps. Car d’une part la connaissance de l'autre peut rendre le masque inutile, et d’une autre les masques finissent toujours par tomber : celui qui se fait avoir aura appris une leçon, en s’appliquant la fois suivante à mieux analyser les sentiments humains.

Le « don gratuit » que j’imagine ici ne va donc pas sans échange : car celui qui donne aime aussi à recevoir, c’est dans la nature des choses. Il est des habitudes, comme de l’hypocrisie, qui s’estompent toujours avec le temps. Celui qui se sent contraint à être aimable pour obtenir quelque chose en retour n’est pas forcément dans l’état d’esprit purement généreux, mais il est comme l’enfant que l’on éduque : à force de sentir il comprend que les choses demandées avec gentillesse aboutissent plus certainement, que le sourire appelle le sourire. Il finira par l’intégrer, et peut-être même y trouver un certain contentement.

Un boulanger qui donnerait son pain à ceux qui s’entendent bien avec lui peut un jour demander un coup de main à un de ses clients du matin pour transporter du bois, ou à un autre de réparer son portail.

Pour les travaux pénibles ou rares, il faut adapter les besoins et les possibilités. Que les travaux pénibles soient partagés pour ne nuire à personne, et que d’autres cherchent les moyens de les rendre faciles (création de machines ou de techniques) ou attrayantes (considérées comme du sport, ou un concours). Que les métiers trop rares soient plus enseignés s’ils intéressent et remplissent un besoin.

Il faudrait bien sûr un Etat pour coordonner tout ça, et établir des objectifs humanitaires qui motivent les hommes. Faire la balance entre les besoins et les désirs, partager les tâches qui doivent l’être, rendre justice, coordonner les projets nécessitant la gestion de trop nombreux paramètres, avoir une politique publique véritablement au service de la collectivité.

Car à partir du moment où la gratuité est instaurée, il n’y a plus rien qui puisse sembler impossible à réaliser : le choix éducatif, celui du métier, les frontières, les relations humaines, la paix, tout semble alors à portée de main.  on s'aperçoit qu'ainsi pensé, de nombreux problèmes que nous croyons liés à l'homme (à son égoïsme, sa lâcheté, sa méchanceté) ou à la vie en société (la misère, la guerre, le pouvoir) sont en réalité les conséquences du capitalisme, et non la cause de son existence.

Je n'ai absolument aucune idée de la manière dont on puisse parvenir à un tel système, ni aucune certitude quant à son hypothétique pérennité. Mais je sais une chose, c'est que l'argent est la source de tous les maux humains. et que ceux qui veulent changer le monde ou trouver leur bonheur n'obtiendront rien de l'argent. Et je sais aussi que donner est mieux que vendre, et que voler est moins bien que de recevoir : la gratuité est la seule alternative.

 

Caleb Irri

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plutôt que de combattre ACTA, rendons-le inutile !

Posté par calebirri le 31 janvier 2010

Le traité ACTA (Anti-Couterfeiting Trade Agreement), en préparation discrète mais néanmoins officielle, semble être la réalisation du pire cauchemar que le monde libre d’internet (mais pas que lui) redoutait : le contrôle total et sans contrepartie juridique du pouvoir des Etats sur le contenu d’internet.

On ne pouvait évidemment que s’y attendre, étant donné qu’internet est aujourd’hui le seul média resté libre et gratuit, et que son pouvoir fait d’une part perdre de l’argent à de nombreux intervenants (même s’il en fait gagner beaucoup à certains autres), et d’une autre qu’il est un contre-pouvoir gigantesque qui fait peur aux gouvernants de tous les pays (se disant démocratiques ou non)

Ce traité, à côté desquels Hadopi et Loppsi ne sont que de faibles instruments, va permettre, au nom de la protection du copyright (droits d’auteur), de surveiller le contenu (ainsi que la vie personnelle) de chaque individu internaute, et tout ceci sans passer par le contrôle judiciaire qui, on le voit ces derniers temps, essaye lui-aussi tant bien que mal de résister à la perte progressive de toute son indépendance et de tout son pouvoir.

En prétextant la défense de ces fameux droits d’auteurs « bafoués » sur internet, les gouvernements s’apprêtent à faire sauter l’anonymat, la liberté d’expression, la vie privée de chaque individu susceptible de contester, en prenant pour intermédiaire les FAI qui seront les policiers (les milices ?) chargés de faire tampon entre les gouvernements et les citoyens.

Une fois ce traité mis en oeuvre, les gouvernements espèrent bien être en capacité de faire cesser toute contestation, en s’assurant la promotion des informations selon un critère qui deviendra nécessairement financier, car l’accession aux possibilités offertes par internet seront réservées aux seuls riches, capables de payer les droits d’auteurs ainsi protégés. Les plateformes traditionnelles ne prendront plus le risque de publier ni les écrits ni les créations d’auteurs non « rentables », car bien que ceux-ci soient largement diffusés sur le web, ils ne sont pas susceptibles d’être « achetés » pas les grands médias généralistes financés par la publicité. Tout ce qui ne correspondra pas au « politiquement correct » sera amené à disparaître des écrans, victimes de leurs droits d’auteurs que personne ne voudra ni vérifier ni transmettre, car leur contenu ne saurait être rentable, et souvent sera même suspect : car plutôt que d’enquêter sur la source du droit d’auteur d’un anonyme, les FAI comme les plateformes préfèreront s’en passer.

A n’en pas douter également, le traité ACTA fera en sorte de supprimer peu à peu les pseudonymes d’internet, comme l’a souhaité il y a peu le ministre de la culture, oublieux du fait que ceux qui ont fait la culture et les lumières d’hier ont pour une large part été « contraints » de se couvrir de pseudos pour pouvoir s’exprimer. Car quel copyright un anonyme peut-il apposer ? qui prendra le risque de publier quelque chose dont on ne connaît pas l’auteur, et comment lui faire « parvenir ses droits » si on ne le connaît pas ? comme avec la burqua, il faudra sur internet montrer son « vrai visage », sous peine d’être soit évincé, soit suspecté. En faisant miroiter au « créateur » une protection juridique ainsi qu’un revenu, les Etats seront en mesure de détenir un contrôle et sur les contenus, et sur les personnes, au travers de la traçabilité qu'exige cette protection.

Mais derrière cette scandaleuse idée se cache peut-être une chance pour tous ceux qui désirent la liberté pour leurs opinions, et la diffusion de celles-ci. En constatant que le copyright est le biais par lequel la liberté d’expression est attaquée, on peut imaginer que tous les libertaires qui abandonnent leurs droits d’auteur, qui laissent leurs opinions et leurs écrits « libres de droit », devraient se trouver  certains qu’aucune poursuite ne puisse être engagée ni à leur encontre, ni par leur intermédiaire. Pas de copyright, pas de sanction. Mais également pas d’argent.  Mais ne nous leurrons pas : s’il est évidemment honorable de vouloir récolter les fruits financiers de son travail, il est impossible de se vouloir totalement indépendant à partir du moment où l’argent entre en jeu. Et pour tous ceux qui sont visés par la censure prochaine de leur liberté d’expression, c’est bien parce qu’ils ont quelque chose sinon contre le capitalisme, au moins contre ses effets.

Alors pourquoi ne pas réfléchir à poser dès maintenant les bases d’un autre système fonctionnant sur la gratuité ? Si cela pose un problème dans le cas du cinéma ou de la musique, et même si on ne peut considérer l’écriture comme un média nécessitant beaucoup d’autres investissements que du temps, “tout a un prix”, et il est possible qu’à terme de nombreux « créateurs » soient démotivés, ou rentrent dans le rang. Mais pour les autres, la gratuité devrait être prise comme la véritable garantie de leur indépendance. Cette indépendance réelle que constitue internet, et qui parle tant à tant d’individus qu’elle pourrait presque devenir « rentable » !

Les générations nouvelles, rompues aux techniques informatiques et largement habituées à la gratuité du net, ont la volonté de conserver l’immensité des possibilités du web sans payer pour en profiter. Ce sont eux les futurs créateurs. Ils savent qu’aujourd’hui il est possible de mutualiser, de partager, d’organiser à peu de frais. La mutualisation de matériels propres à la création, le sacrifice de temps pour cette création, l’aide de certaines compétences attirées par des projets alternatifs, une plateforme pour organiser tout cela bénévolement ou pour peu de frais, de nombreux moyens peuvent rendre possible la gratuité. La déception, voire la suspicion des masses vis à vis de leurs gouvernants promet de très nombreux visiteurs, participants, adhérents à un tel projet. Tous les désireux de voir se perpétuer la liberté, s’ils la considèrent comme étant véritablement essentielle, devraient être prêts à faire le sacrifice de quelques devises pour préserver leur indépendance.

Si nous ne commençons pas maintenant, alors c’est que nous préférons notre soumission. Si nous voulons changer, changeons. Donnons ce que nous avons à donner, avec les moyens que nous possédons. Préférons le sens à l’esthétique, car le sens est une esthétique. La musique gratuite n’est pas d’aussi bonne qualité sur internet que sur CD ? oui, mais si elle est meilleure ? l’image est moins bonne sur un téléphone que sur un Blue-Ray ? mais si le film est meilleur ? l’information n’est pas aussi agréable que dans le journal télévisé ? mais si elle est plus vraie ?

Posons-nous la question de ce que nous voulons, et agissons ; car après, il faudra bien assumer.

 

Caleb Irri
 

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la politique des échecs

Posté par calebirri le 27 janvier 2010

Quand on joue une partie d’échecs, on oppose deux camps qui ont un intérêt propre, contraire à celui de l’adversaire : faire tenir son roi debout ( ce qui équivaut à faire tomber celui de l’adversaire). La partie se termine lorsque l’un des deux adversaires capitule, abandonne (le “mat” ou le roi couché sur le plateau, en signe de soumission), ou bien se trouve en situation de cesser le combat « faute de combattants » : c’est le « pat ».

Le capitalisme fonctionne comme ce jeu. Il n’y a pas trois camps mais deux : les intérêts des pauvres contre ceux des riches. Nous savons combien il est difficile pour un des deux camps de vaincre l’autre, car dans la réalité, les riches ont besoin des pauvres, et réciproquement. Sans cette réalité c’est tout le jeu qui s’arrête. Mais,  à partir du moment où l’argent fut introduit dans les règles du jeu, la partie d’échec fut lancée…et à moins d’une guerre nucléaire ou d’un déluge entraînant le « pat », il ne fait aucun doute que la partie est loin d’être terminée.

Mais si le but des deux camps est bien connu (pour les pauvres c’est le communisme-dans le sens noble du terme- pour les riches l’autoritarisme), les moyens d’y parvenir doivent se trouver en tenant compte des règles du jeu. A moins bien sûr que l’un des deux camps veuille cesser la partie, mais en l’occurrence aucun autre jeu n’est proposé pour le moment.

Le but une fois posé, ce sont des règles qu’il faut parler, et des moyens de s’en servir pour parvenir à vaincre l’adversaire. Chaque camp dispose de pièces différentes ayant des caractéristiques de déplacement différentes, et possèdent une valeur de défense et d’attaque liée au positionnement de l’ensemble des pièces posées sur le jeu. Le pouvoir judiciaire, les médias, le pouvoir financier, le syndicalisme, toutes ces pièces ne peuvent exprimer leurs forces que dans certaines positions de jeu plus ou moins favorables, qui créent un rapport de force à l’avantage de l’un ou l’autre des deux camps.

Comme dans une véritable partie d’échecs, de multiples combinaisons d’attaque ou de défense sont possibles, mais l’ascendant pris par l’une des deux parties est parfois lourd de conséquences : si des pièces telles que la liberté de la presse, la justice et le syndicalisme sont « mangées » par l’adversaire, alors la partie devient extrêmement difficile. Il reste toujours une possibilité de les faire revenir dans le jeu, mais il faut aux pions beaucoup de courage et de technique pour atteindre le fond du plateau de jeu.

La partie d’échec dans laquelle nous sommes pris actuellement est en train d’attaquer dangereusement nos positions, et il semble que le jeu de l’adversaire soit en notre défaveur : il faut être vigilant pour ne pas se laisser prendre. Mais l’erreur habituellement commise par le joueur en difficulté n’est pas de ne pas l’être assez (vigilant), mais plutôt de l’être trop sur cette partie du jeu, en laissant de côté l’inévitable attaque parallèle qui se profile de l’autre côté du plateau. De pions mangés un par un, et qui au bout d’un moment empêcheront d’une part la formation d’autres pièces plus importantes une fois les grosses pièces mangées, et d’une autre la défense de ses grosses pièces par ces petits pions.

De plus, il ne faut jamais oublier que prévoir les coups que l’on va tenter de porter à l’adversaire est une bonne chose, mais que l’adversaire peut également prévoir ces coups, ainsi que ceux qu’il va porter une fois que vous aurez tenté les vôtres. Celui des deux adversaires qui aura la vue la plus large et la plus lointaine des évènements, des coups, sera sans doute le vainqueur de la partie : car non seulement il aura paré tous les vôtres, mais en plus il aura porté les siens là vous ne vous y attendiez pas, réduisant à néant toutes vos belles anticipations.
Lorsque l’on sait les capacités de vision et d’analyse que possède le camp des riches, on ne peut être que difficilement positif quant à la victoire finale, mais tout n’est pas perdu pour autant.

Car si les règles du jeu sont ainsi favorables aux riches, c’est que la partie a commencé il y a longtemps, et que l’équilibre est déjà rompu. Avec le temps, comme dans une partie, l’attention d’un des deux joueurs baisse inévitablement, et accepte ou ferme les yeux sur une modification des règles par le camp adverse. Ce n’est pas à proprement parler une tricherie, mais force est de constater que les pauvres se trouvent aujourd’hui dans une situation bien délicate, et face à un adversaire coriace. Mais s’il faut admettre que les règles du jeu sont modifiables, elles le sont des deux côtés de la partie : une fois acceptées par les deux, cela fait force de Loi. Et si le camp des riches est susceptibles de modifier certaines règles ( comme de transformer une pièce noire en pièce blanche par exemple), le camp des pauvres possède lui aussi ce pouvoir : soit en sortant du jeu, soit en menaçant de quitter la partie. Conscients du fait que le jeu s’arrête une fois toutes les pièces « mangées » par l’adversaire, et de celui qu’une partie jouée seul n’apportera pas la victoire à ce seul joueur, les pauvres peuvent justement faire valoir ce point de vue sans sortir du respect des règles supérieures inhérentes à tout jeu : pour que deux joueurs fassent une partie, il n’existe pas de règles immuables ; il faut seulement que les deux joueurs soient d’accord sur celles-ci.

Une fois cette précision apportée, il ne me reste plus qu’à vous poser cette question enfantine : et si on jouait à un autre jeu?

 

Caleb Irri

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le besoin et le désir

Posté par calebirri le 24 janvier 2010

Nous avons tous et des désirs, et des besoins. Mais il ne faut pas les confondre. Si nous avons tous besoin de désirer, nous ne désirons pas avoir besoin.

Le besoin est une nécessité vitale, une sorte d’instinct qui détermine ce qui nous manque pour rester en vie. Alors que le désir, contrairement à ce qu’on entend parfois, n’est pas une nécessité vitale. Le désir est une envie créée par notre imaginaire qui n’a pour objectif que le plaisir. Mais la satisfaction de ce désir n’est pas dans sa réalisation, mais dans l’attente. Le fait que l’on confonde désir et besoin est la source de bien des malheurs humains : croyants que leur désir est « vital », ils imaginent qu’il est un besoin qu’il faut à tout prix satisfaire, sans se rendre compte qu’une fois réalisé, il ne reste plus rien d’autre que le besoin de désirer.

Lorsque l’homme aura compris qu’avoir envie n’est pas avoir besoin, alors seulement il pourra commencer à penser autrement. Car une fois bien établie cette différence, nous serons en mesure de définir clairement en quoi la satisfaction des besoins est primordiale, et ainsi de commencer à chercher comment y pourvoir.

Car c’est bien d’économie, et de politique dont il s’agit : en nous faisant prendre les désirs pour des besoins, c’est toute la société de consommation qui se trouve remise en question. Si nous cessons de les confondre, alors nous cesserons de croire que le superflu est essentiel. Nous apprendrons que l’attente que provoque le désir est plus plaisante que sa réalisation, et il deviendra difficile de nous faire rêver avec cette entourloupe. S’il est compris que la mode, l’esthétique ou le « bling bling » ne sont liés qu'à des caprices, alors il nous sera permis de penser autrement. C’est tout un système de valeurs qui s’effondrerait.

En se focalisant donc sur la satisfaction des besoins, il serait possible de déterminer clairement, (constitutionnellement en quelque sorte), qu’une société qui fonctionne est une société qui remplit les besoins de chaque individu. On ne saurait s’arrêter là bien sûr, car je le disais plus haut : le fait de désirer est un besoin. Pas celui de désirer la liberté (c’est justement un besoin, pas un désir). Mais une société qui ne désire pas n'avance pas. il lui faut des rêves et des objectifs.

il ne s'agit donc pas de nier le désir, mais de le relativiser. Le besoin d'une société meilleure et plus juste ne doit pas amoindrir le désir, mais le consacrer pour ce qu'il est : un bien à rechercher une fois les besoins satisfaits.

en économie, on parle de besoins primaires, et de besoins secondaires. mais cette distinction existe là aussi pour brouiller les pistes, et fait croire que des objets de consommation sont essentiels ; tout cela dans le but de nous faire consommer, et participer au système.

 

Mais imaginons par exemple que l'épargne soit considérée comme ce qui reste de superflu une fois les besoins remplis. On pourrait sans conteste établir ce résidu comme non essentiel et devant être attribué à ceux dont le besoin n'est pas comblé.

 

Si chaque individu était mû par ses besoins plus que par ses désirs, il cesserait à un moment de vouloir consommer, ou même d'épargner. Les bons élèves du système capitaliste se trouvent être paradoxalement les pauvres, car ils ne visent qu'à la satisfaction de leurs besoins. Et ceux qui les remplissent aisément sont ceux qui ne sont jamais satisfaits, car ils ont définitivement perdu la notion du besoin : à force de désirer sans s'occuper de leurs besoins, ils ont fini par croire qu'amasser de l'argent va les aider à les satisfaire… et courrons toujours après l'un sans contenter l'autre.

 

Caleb Irri

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Cyril Lignac et le capitalisme

Posté par calebirri le 21 janvier 2010

J’ai déjà parlé de la possibilité d’un nouveau système. Persuadé qu’il est nécessaire de passer par l’éducation pour parvenir à un changement des mentalités, et conscient du fait que les institutions actuelles ne souhaitent ni ne permettent ce changement, je voudrais revenir sur une notion largement dévoyée de sons sens premier (pas tant dans son concept que dans son application) : la solidarité.

La solidarité provient du latin « solidus » qui signifie « entier », « consistant ». Ce terme exprime les liens qui unissent pour former une sorte de « tout ».  Pour exprimer cette notion, on pourrait rapprocher ce terme “d'entraide” . La solidarité est en quelque sorte la faculté de créer des liens dans un but commun.

Par exemple, et pour coller à l’actualité, la « solidarité » avec Haïti n’en est pas une : cette généreuse action qui consiste à donner de l’argent pour aider à la reconstruction du pays s’appelle de la charité, car il n’y a pas de liens créés entre les deux parties. Pour qu’il y ait solidarité, il faut qu’il y ait une union, un lien qui ne peut être créé que par la participation des deux parties au même objectif.

Pour que ce lien se crée, il faut tout d’abord que les différentes parties se rencontrent pour apprendre à se connaître. Se connaître pour pour avoir envie de s’entre-aider, de participer de façon solidaire, en une union solide. Pour avoir une volonté en commun.

J’ai regardé l’autre jour une émission sujette à de nombreuses critiques s’intitulant « le chef contre-attaque ». ce n’est pas la première fois que je regarde cette émission, et je dois avouer que j’aime bien ce monsieur Lignac. Pas la cuisine, dont à vrai dire je me fiche pas mal, mais l’homme, l’être humain. Dans ce dernier épisode, ce monsieur se proposait de remettre une ville à la cuisine, afin non seulement de leur permettre de s’alimenter « sainement », mais surtout de pratiquer la solidarité.

Jouant sur sa notoriété pour intéresser le public à sa démarche, monsieur Lignac n’a pour seul pouvoir que de parler avec son coeur, et comme qualité principale celle de son instinct.

On peut facilement critiquer ce type d’émissions, mais force est de constater une chose : si une solidarité comme celle qu’il préconise dans cette émission était réellement mise en place, le capitalisme aurait du soucis à se faire.

En effet, une des voies explorées par le chef est celle de la préparation, en communauté, de repas en grandes quantités, pour peu de frais, et pour toute la semaine.  Au delà du service rendu à ceux qui y participent, les relations entre voisins ont ainsi une chance de se nouer, des incompréhensions de s’expliquer, des sentiments se créer. C’est beaucoup plus que la cuisine qui est en jeu : c’est le début de la solidarité. Et le contraire de l’individualisme concurrentiel prôné par le capitalisme. Alors que la charité (qui est un « bienfait » autorisé par le système) crée un rapport sinon de dépendance, au moins d’acceptation de la faiblesse de celui qui reçoit, la solidarité va beaucoup plus loin.  En imaginant ainsi la création de rapports humains entre ne serait-ce qu’un voisinage proche, il devient alors possible de connaître, et donc d’aimer. de la même manière qu’on aime son frère ou son conjoint parce qu’on le connaît, avec ses défauts et ses qualités, (et non juste parce qu’il est le frère ou le conjoint), les relations humaines sont de ce point de vue « anti-capitalistes » : car le contrôleur des impôts qui frappe à la porte de son voisin et constate des irrégularités sera humainement plus réticent à lui faire des remontrances s’il a cuisiné avec ce dernier la semaine passée, et partagé avec lui les repas concoctés ensemble.

C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines grandes firmes sont réticentes à la création de liens affectifs au sein de l’entreprise : un DRH qui “fricotte” avec les employés aura plus de mal à les licencier que lorsque ce dernier est simplement considéré comme un « numéro ».

Dans une deuxième partie de l’émission, Cyril Lignac souhaite mettre en place une sorte de restaurant « municipal », où les participants préparent pour quelques dizaines de personnes des repas équilibrés, bons et à faible coût. On constate évidemment que la participation des autorités locales est absolument nécéssaire en terme d’infrastructure (avec la caméra les réponses favorables sont plus sûres…), mais également que le choix des organisateurs de ce genre d’initiatives se doit d'être bon :  le choix des “chefs” étant primordial à la réussite de tels projets. Je ne sais pas comment est réalisée cette émission, mais force ést de constater que monsieur Lignac ne s’était pas trompé dans son choix.

Son choix qui se trouve aussi être le bon dans le cadre de la troisième partie de l’émission : après avoir pris exemple sur des « jardins solidaires » aux Etats-Unis, il est proposé d’en créer un dans la ville où se déroule l’émission. il ne doit pas être trop difficile  de trouver un terrain et quelques graines (sponsoring ?) dans quasiment chaque commune de France, et avec un peu de bonne volonté, il doit être possible de faire pousser rapidement quelques denrées disponibles pour tous. D’ailleurs, si l’on en croit les témoignages, il est rare de voir ce genre de parcelles saccagées, et les profiteurs s’accaparer le fruit du travail des autres sans aucune contrepartie.

Si on considère tous les bienfaits potentiels d’une telle action, on s’aperçoit qu’il est possible d’apprendre aux enfants, de manière pédagogique, comment la nature fonctionne. Et également le goût des aliments, la manière de les préparer ou le bon moment passé à l’air libre. Mais c’est aussi une source de travail physique récompensée à force de patience, un moment partagé à plusieurs, le plaisir de voir la nature se développer, la possibilité d’offrir de son temps, de sa force, de son savoir, de son esprit de solidarité.

En imaginant la diffusion de telles pratiques, il est possible de croire que le chapardage devienne inutile (pourquoi prendre des produits qui se périment rapidement, et qu’il est possible de trouver dans chaque quartier ?). mais pas seulement : à grande échelle, une telle action permettrait de réduire sensiblement les marges pratiquées par la grande distribution, et peut-être de remplir le ventre de quelques affamés.

On va sans doute me parler après cela des producteurs de légumes, du transport, de la mondialisation et des salaires, de rentabilité… Mais pourquoi parler de rentabilité ? car si la solidarité entrait réellement dans la manière de vivre des gens, on s’apercevrait rapidement qu’avec peu de travail, s’il est divisé en grand nombre et considéré solidairement (le bien que j’apporte aux autres est en même temps le bien que je m’apporte à moi-même par l’action que je mène), on pourrait aisément satisfaire les besoins les plus essentiels des hommes : manger à sa faim, et avoir un toit pour dormir.

Car pourquoi ne pas étendre la réflexion au bâtiment ? chaque individu est plus ou moins capable de réaliser une tâche propre à l’habitation, et ceux qui n’aiment pas travailler la terre pourraient construire ou rénover. Ceux qui aiment la terre continueront à la travailler, et ceux qui aiment faire de la route, ils transporteront autre chose.
Une fois les besoins essentiels de tous satisfaits, il ne fait pas de doute que le reste suive. La mondialisation ne serait plus alors celle de l’exploitation des uns pour satisfaire aux autres, mais la solidarité des uns avec les autres.

 

Caleb Irri

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