Assemblée Constituante : nous avons déjà tout (ou presque)

Posté par calebirri le 20 mai 2012

Voilà. Les présidentielles sont passées, les législatives arrivent… et la crise est toujours là. Elle sera encore là quelque soient les résultats du prochain scrutin d’ailleurs, en Grèce et en France, en Espagne ou en Italie. Qu’en conclure : que la partie est définitivement perdue, qu’il faut abandonner tout espoir de changement de notre condition tout en laissant, durant encore les cinq années qui viennent, nos gouvernants se moquer de nous ?

Non.

Car au delà des élections -qu’elles soient présidentielles ou législatives et qu’elles se passent en France ou ailleurs- il y a le peuple qui, même contraint par l’illusion démocratique, est le souverain qui seul décidera de la voie qu’il veut suivre. Et toute cette mascarade des élections une fois terminée s’ouvrira une fenêtre médiatique plus que favorable à l’émergence de nouvelles initiatives, en réaction justement à la déception qui suivra le dépouillement des bulletins de vote. Inévitablement la mise en place de l’Assemblée Constituante s’imposera alors dans les esprits comme le seul et unique moyen pacifique de parvenir au changement que les urnes n’ont pas permis d’obtenir.

Car comme je l’ai dit ailleurs, la révolution ne doit pas attendre qu’on l’autorise pour se réaliser : elle doit se préparer « en dehors » du cadre institutionnel « dévié » et créer sa propre légitimité, par un soutien massif du peuple qui refuse les sacrifices que le pouvoir veut lui imposer. C’est un non-sens que de vouloir attendre de la part d’un pouvoir qu’il nous autorise à le détruire. Si les citoyens veulent une Assemblée Constituante, ils doivent la créer sans ceux qui y sont naturellement opposés.

Cette idée d’Assemblée Constituante est l’objectif autour duquel il s’agit maintenant de fédérer toutes les forces qui luttent à la fois contre la « droite » et la « gauche », et pour ce faire il n’y a pas besoin du soutien des politiques.

Beaucoup objecteront que c’est une utopie, un rêve inaccessible, mais pourtant nous avons déjà tous les outils nécessaires à sa réalisation effective… Hors mis peut-être celui que je vous propose aujourd’hui de construire avec moi :

-La juste colère du peuple avec les indignés qui se rassemblent peu à peu, au fur et à mesure de l’injustice des mesures prises pour « sortir » de la crise. Même l’exercice de la démocratie ne suffit plus.

-des « têtes d’affiche » capables de soutenir, de relayer et de développer cette idée, car désormais elle n’est plus considérée comme inutile.

-de nombreux sites traitant du sujet et défendant la mise en place de cette Assemblée.

-la possibilité concrète de la réaliser à travers la légitimité que lui procurerait le RIC (Référendum d’initiative citoyenne).

-des outils d’explication de l’illégitimité de la dette ainsi que des solutions qui peuvent être envisagées (audit citoyen, MIRAC).

-des « centres de réflexion » comme ceux d’Etienne Chouard ou le forum du « groupe de travail pour une Assemblée Constituante ».

-des relais locaux physiques (les repaires de « Là-bas si j’y suis », les comités locaux de l’audit citoyen, ceux des indignés), des relais « virtuels » sur internet.

 

Le seul outil qui manque à cette toile qui se tisse peu à peu se trouvant être la diffusion et le rassemblement qui seuls permettront la légitimité, je propose ici de nous unir tous derrière un même projet, « Pour une Constituante » ; à nous ensuite de construire ensemble la représentativité. Car vouloir une Assemblée Constituante n’est pas rédiger la Constitution ; elle doit être le fruit des travaux de l’Assemblée Constituante, et ici nous ne parlerons pas de ce qui doit se trouver dedans. La première étape consiste à établir les conditions de fonctionnement de cette Assemblée, conditions qui soient susceptibles de permettre à la représentativité des idées du peuple. C’est pourquoi je propose à tous les sites, mouvements, associations, initiatives concernés par ce projet ou qui y adhèrent de venir se signaler sur un nouveau site créé à cet effet, et dont le fonctionnement vous sera expliqué à l’adresse suivante : http://constituante.unblog.fr. L’idée d’une Assemblée Constituante doit faire son chemin parmi le peuple, et devenir une force capable de réaliser par elle-même les changements qu’elle désire. Afin de les obtenir, le peuple doit comprendre que ce n’est pas sur les ruines de notre démocratie que se construit l’avenir du pays mais sur de nouveaux projets, de nouvelles idées. Nous devons y réfléchir ensemble, et être volontaires pour ça.

 

Nous ne viendrons pas vous chercher par la main, c’est à vous de diffuser cette initiative pour qu’elle se développe. Venez vous associer au grand rassemblement pour une Assemblée Constituante, car c’est ici que se construira la révolution citoyenne que nous attendons depuis si longtemps.

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Pourquoi la démocratie est l’ennemie des marchés

Posté par calebirri le 11 mai 2012

La passation de pouvoir n’est même pas encore réalisée que déjà les politiques nous annoncent l’effroyable réalité : les véritables élections décisives pour la politique qui sera conduite en France auront en fait lieu en juin, pour les législatives.
En dehors du fait que cela interroge sur l’intérêt des présidentielles, on s’aperçoit qu’en Europe la question des législatives préoccupe beaucoup nos chers financiers, qui par dessus tout affirment vouloir la stabilité politique. Ce qui semble pour l’instant être le cas avec la succession de monsieur Sarkozy par monsieur Hollande, car en France l’élection du nouveau président n’a pas fait -comme promis par la droite- chuter les bourses, et la note française n’a pas encore été dégradée.

Mais même si ce changement ne provoque pas les remous attendus et craints par la droite, il fait quelque peu bouger les lignes en Europe car il risque de retarder un peu les plans de ceux qui voulaient imposer une gouvernance européenne unique dont le programme économique réside essentiellement dans l’austérité. Certains Etats pourraient lui emboîter le pas, d’autant que la partie n’est pas terminée.
Comme il apparaît aujourd’hui, la bataille des législatives, préparée de longue date par les deux camps arrivés en tête au deuxième tour, n’est en réalité rien de moins que le troisième tour des élections : le camp qui détiendra la majorité sera responsable de la politique conduite.

L’incertitude qui règne actuellement quant à la majorité qui ressortira des législatives, comme la situation de blocage que connait la Grèce actuellement, a bien plus d’effet sur les marchés que l’élection d’un président de l’UMP ou du PS. Car les extrêmes gauche ou droite obtiennent un soutien de plus en plus fort de la part des électeurs écoeurés par les partis « traditionnels ». Et c’est peu de dire qu’ils ne sont pas favorables à la politique imposée par Bruxelles. Sauf que l’extrême droite n’a pas les mêmes objectifs que l’extrême gauche : le premier veut sortir de l’Europe sans payer, tandis que le second veut y rester, sans payer non plus.

Mais paradoxalement cette incertitude pourrait leur permettre de réaliser leur objectif, à savoir la prise de contrôle définitive de l’Europe par la suppression pure et simple de la démocratie. Il faut que je m’explique.

La montée des extrêmes en Europe est bien la conséquence de la crise économique : après que les peuples se sont laissés bernés par leurs dirigeants modérés, les marchés sont parvenus à imposer, de manière non démocratique, un changement de politique au sein des pays les plus touchés par la crise pour y mettre fin. Cette crise s’étant aggravée depuis des réformes drastiques et injustes rendues obligatoires, c’est presque naturellement que les extrêmes recueillent les voix des déçus des deux camps… Le risque étant une remise en cause, par l’expression des urnes qui mettrait au pouvoir des ennemis de l’austérité (des vrais), les traités déjà signés par les équipes précédemment au pouvoir. Car si chaque élection est l’occasion pour un pays de renier les engagements pris par ses prédécesseurs, alors la gouvernance européenne que souhaite la Troïka ne sera ni pérenne ni unie.

Il faut donc pour les marchés, afin d’éviter le refus de payer des pays les plus endettés, supprimer purement et simplement ce qu’il leur reste de démocratie, démocratie qui décidément les empêche de faire tranquillement leurs affaires. En Grèce, les marchés mécontents du résultat des urnes préfèrent refaire les élections que de laisser une majorité hostile à l’austérité s’installer au pouvoir. Et c’est donc avec satisfaction qu’ils apprendront qu’une alliance serait conclue entre les deux partis « institutionnels » pour diriger le pays (ce qui implique donc une soumission du parti socialiste grec à l’austérité- prenons en de la graine pour la France).

Car c’est bien en jouant sur la peur des extrêmes que les marchés espèrent réaliser à la fois ce qu’on appellera « l’Union Sacrée » et la fin de la démocratie. En laissant entendre que ces partis empêchent la stabilité et nuisent à la cohésion sociale, ils désirent faire valider comme « démocratiquement » la fin de la démocratie à travers la fin du pluralisme électoral.

Car pour les banques l’enjeu est de taille. Ce que redoute à tout prix les marchés, c’est qu’un gouvernement européen en difficulté refuse de payer, car alors ils ne pourraient rien exiger d’un pays souverain, comme cela s’est déjà produit ailleurs. C’est qu’on oublie de le rappeler trop souvent : il est bel et bien inscrit dans le traité de Lisbonne qu’un pays de la « zone euro » ne peut être exclu de l’Europe. Cela signifie qu’en dehors d’une demande de l’Etat Grec d’en sortir, nul ne peut l’en chasser de force. C’est là tout le danger pour les financiers qui veulent un gouvernement grec susceptible de conduire l’austérité pour continuer à faire des sous, ou capable de demander sa sortie de l’Europe une fois le pays ruiné -ce que seuls les deux plus grands partis ont accepté. Comme pour le rachat d’entreprises en difficulté (et on comprend mieux l’arrivée au pouvoir en Europe des hommes de Goldman-Sachs), les financiers qui imposent l’austérité prennent tout ce qu’ils peuvent, vendent le maximum et licencient, avant de laisser le pays et ses habitants lessivés par ce grand nettoyage.

Car que se passerait-il si la Grèce ou un autre refusait de payer, tout en refusant de sortir de l’Europe ? Ce serait soit la fin de l’euro, soit…celle des banques. Que préféreriez-vous ?

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr

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Jusqu’où iront-ils pour sauver les paradis fiscaux ?

Posté par calebirri le 9 mai 2012

Dans une émission de « là-bas si j’y suis » (http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2450), Daniel Mermet s’entretenait avec l’auteur d’un livre intitulé « les 600 milliards qui manquent à la France », Antoine Peillon. Cet ouvrage décrit comment les riches de ce pays (qu’ils soient particuliers ou entreprises) sont encouragés (par les commerciaux des banques installées dans des paradis fiscaux) à pratiquer l’évasion fiscale qui leur permet de payer moins (ou pas) d’impôts. Ces sommes, qui auraient dues être taxées en France et investies sur le territoire, représentent en gros selon l’auteur quelques 600 milliards d’euros, ou de 30 à 40 milliards d’euros par an.

Ce scandale des paradis fiscaux, que nombreux dénoncent tout haut sans jamais rien y changer, pourrait permettre de penser qu’en récupérant ces sommes la situation financière de notre pays s’améliorerait considérablement (songez un peu 30 ou 40 milliards par an, tout ce qu’on peut faire avec !), et c’est avec une certaine naïveté toute humaine que certains imaginent déjà le PS (Parti SOCIALISTE) prendre le parti de faire cesser cette fraude immense plutôt que de s’acharner sur les fraudeurs du RSA (calculez un peu combien il faut de fraudeurs pour arriver à 30 milliards…)…

Mais c’est sans compter la deuxième partie de l’explication de cette gigantesque arnaque : car tout en sachant que les pauvres sont déjà exsangues et que les riches cachent leur argent dans des paradis fiscaux (ils savent très bien qui et combien, et où), nos gouvernants semblent tout de même préférer -contre toute logique économique- taxer les pauvres que de faire payer les riches… Et tout cela malgré que les pauvres sont bien plus nombreux que les riches, et que le système électoral fonctionne encore selon le principe « un homme une voix ».

Comment peuvent-ils donc faire à la fois ce choix qu’on pourrait dire politiquement « suicidaire » (faire payer peu beaucoup de pauvres plutôt que de faire payer beaucoup peu de riches) et se faire élire quand même par ce peuple dont ils ne servent pourtant pas les intérêts ?

C’est que les choses ne sont pas simples. Bien que conscients du fait que les riches qu’ils protègent sont effectivement responsables de la misère des pauvres qui les élisent, ils sont contraints pour se faire élire de rechercher le soutien des riches en promettant le leur aux pauvres… Car si le peuple a (encore) le pouvoir d’élire le chef de l’Etat, les riches possèdent celui de le lui conserver. Aujourd’hui propriétaires d’empires commerciaux colossaux, les Français les plus riches du pays qui possèdent l’énergie, le transport, la santé, le commerce, le BTP, et surtout les médias sont en même temps les responsables de la majeure partie de l’évasion fiscale dont souffre le budget national. Mais sans leur soutien (y compris dans le financement des campagnes à ce qu’il semblerait…), un candidat hostile (pour de vrai) à leurs agissements ne saurait gouverner, si par malheur il arrivait au pouvoir.

Mais ce cas de figure n’a que très peu de chances de se produire (ce que nous constatons aujourd’hui en France avec nos deux présidents hier ennemis et aujourd’hui « main dans la main »), car d’une part les riches trouveront toujours un candidat corruptible pour les défendre, et d’une autre le système électoral tel qu’il fonctionne empêche à peu près certainement un tel candidat d’accéder au deuxième tour (voir vote utile). Ainsi il devient pratiquement impossible au peuple de se révolter contre un gouvernement qu’il croit avoir élu démocratiquement (puisqu’on lui dit qu’il l’a choisi librement). Et de plus, le fait que le statut pénal du chef de l’Etat semble prévoir a priori dans la Constitution que les actes commis par lui durant sont mandat bénéficient d’une immunité totale est à souligner : c’est une anticipation de la corruption de ces derniers une fois élus. Avec comme corollaire l’impossibilité pour le peuple de se repentir de son choix autrement qu’en attendant 5 longues années supplémentaires de sacrifices…

L’essentiel pour les hommes politiques se résume donc non pas à tenir les promesses qu’ils font au peuple mais simplement de faire en sorte qu’il ne s’aperçoive pas tout de suite qu’on l’a trompé, pour ne pas qu’il se révolte. Pourquoi croyez-vous donc que, d’habitude si prompts à se jeter sur les moindres rumeurs de malversations financières, les ennemis de Nicolas Sarkozy aient été si discrets sur le soupçon (lourdement étayé pourtant) de financement illégal de sa campagne en 2007 ?

Personne dans ce petit monde corrompu n’a intérêt à ce que ces choses-là se sachent, car cela remettrait en cause non seulement les élections de 2007 et la légitimité de son président, mais aussi et sûrement toute la vie politique de droite comme de gauche depuis des décennies…

Mais on ne sait jamais. Les nouvelles technologies de l’information troublent aujourd’hui un peu le jeu monopolistique de leurs médias surpuissants, car elles permettent de transmettre l’information presque sans contrôle, et à une vitesse folle. Maintenant, et grâce à ce genre de révélations qui permettent de mieux comprendre les liens qui unissent la politique et l’argent, les gouvernants vont devoir tomber les masques et faire un choix, car autrement bientôt les Denis Robert et autres Antoine Peillon vont se multiplier jusqu’à faire s’effondrer leur forteresse qui se fissure déjà : il leur faudra supprimer un jour soit les paradis fiscaux, soit… la démocratie !

Car la démocratie, même imparfaite, peut devenir un ennemi dangereux dont il faut se méfier, ou qu’il faudra peut-être éliminer. Imaginez un instant qu’on en arrive un jour à établir publiquement la corruption de nos élites à travers les paradis fiscaux, qu’on s’aperçoive que les chambres de compensation sont le lieu de blanchiment de tous les trafics et de tous les crimes, imaginez que les citoyens se rendent compte que s’ils ne réussissent pas à boucler leurs fins de mois ce n’est pas parce qu’ils sont les victimes de l’immigration ou des fraudeurs à la petite semaine mais parce que tout un système de corruption s’est développé de manière scandaleuse et injuste, sur des sommes colossales, avec la complicité des gouvernants élus par eux et sur le dos des plus faibles et des plus nombreux dont ils font partie. Imaginez un instant qu’on s’aperçoive qu’en France comme ailleurs ceux qui se plaignent d’être trop taxés sont en réalité ceux-là mêmes qui ne payent pas leurs impôts dans leur pays, et que non contents de retirer aux citoyens les fruits de leur labeur ils exigent en plus des peuples qu’ils remboursent une dette dont ils ne sont, en définitive, pas responsables…

Que ferait alors le peuple ? N’exigerait-il pas la fin des paradis fiscaux ?

Mais cela est impossible voyons, car la fin des paradis fiscaux ferait s’écrouler tout le système capitaliste dans son ensemble. Le monde entier sombrerait dans le chaos, il faudrait tout reprendre à zéro… Et si la société ne sait pas vivre sans l’argent, elle sait très bien comment se passer… de la démocratie !

Caleb Irri
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Aux révolutionnaires qui se préparent à voter Hollande

Posté par calebirri le 26 avril 2012

Dans mon dernier billet, et sous le coup de l’émotion des résultats du premier tour, j’ai appelé à ne pas voter au second tour de la présidentielle, au risque selon certains de « faire gagner la droite ». Cet appel a suscité de nombreuses réactions hostiles, sans doute plus de la part des déçus du score de l’extrême gauche en général et du Front de Gauche en particulier que de la droite, car à ce qu’il paraît l’abstention favoriserait la réélection de monsieur Sarkozy lors du second tour.

 

Mais il semblerait depuis que les événements me donnent raison : car non contents de recueillir presque « automatiquement » les voix de l’extrême gauche à laquelle ils ne feront donc aucune concession, monsieur Hollande et son équipe courtisent aujourd’hui ouvertement les électeurs du Front National pour gonfler le score du PS, sans paraître se préoccuper véritablement ni du centre ni des abstentionnistes. Cela signifie une chose : que ce soit Sarkozy ou Hollande qui passe, nous aurons à nous confronter à une « droitisation » de la politique menée. Ce qui, si on se réfère aux idées développées lors de la primaire socialiste, correspond bien à la volonté du PS aujourd’hui.  Car si on y réfléchit, cette « droitisation » sert justement les objectifs communs de l’UMP et du PS : virer à droite avec le soutien de la gauche, afin qu’elle ne puisse pas contester plus tard ce qui se prépare aujourd’hui en Europe. Ensuite, que madame Le Pen appelle ou non à voter Sarkozy n’aura que peu d’influence sur les électeurs effrayés par « le droit de vote aux étrangers » promis par Hollande : ils voteront à droite quoiqu’il leur en coûte. Le seul objectif pour le FN étant de se positionner aux législatives avec le soutien de l’UMP (qui aura sans doute bien du mal à refuser les alliances), et ce qu’il soit d’ailleurs élu ou pas au second tour ; ce qui en définitive arrange peut-être tout le monde, et surtout les marchés financiers : un régime stable et sécuritaire est pour eux le meilleur des alliés.

 

A gauche maintenant, ceux qui auront aidé à élire Hollande se retrouveront eux-aussi face à cette droitisation qui ne doit pourtant guère les enchanter. Comment ne peuvent-ils pas comprendre qu’ils tombent dans un piège ? En votant, ils adhèrent de facto à l’arrivée au pouvoir de l’un ou de l’autre de deux candidats qui expriment ouvertement leur volonté de plaire à l’extrême droite ! et c’est moi qui ferait fausse route ?

 

Même l’UMP doit se gausser : des révolutionnaires prêts à pendre les banquiers qui votent Hollande pour éviter Sarkozy, quelle farce ! Ceux qui souhaitaient hier la « révolution citoyenne », faire la nique au G20, installer une 6ème République, « very dangerous » et tout et tout, sont en réalité de bien piètres révoltés s’ils sont incapables de remettre en cause dans la pratique un système qu’ils disent pourtant vouloir changer de fond en combles.

Comment peut-on se dire à la fois révolutionnaire et accepter de se soumettre à cette mascarade ?

 

On me dit que c’est un renoncement de ne pas voter. Mais c’est juste un autre renoncement de voter dans ces conditions : dans le premier cas un renoncement à l’illusion démocratique, dans le second à la révolution.

 

Car en vérité ce n’est pas des urnes que le changement viendra, mais bien de la rue. Il sera le fruit d’une réelle prise de conscience populaire qui finira bien par comprendre que les institutions sont obsolètes, et qu’il faudra bien un jour se résoudre à les reconstruire… Et cela passera inévitablement par la remise en cause du vote tel qu’on le pratique aujourd’hui, à travers la mise en place d’une Assemblée Constituante.

 

Caleb Irri

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Le 6 mai, ne votez pas !

Posté par calebirri le 22 avril 2012

Ca y est nous y sommes ! Le peuple a voté, et la déception doit être grande ce soir chez les Français : le coup de théâtre n’a pas eu lieu. Les résultats d’aujourd’hui, même s’ils sont dans l’ensemble conformes aux prévisions (les deux favoris sont au deuxième tour), montrent que le « vote utile », ce concept anti-démocratique qui fausse les élections, a permis une fois de plus  le « sabotage » de la volonté du peuple. Car sans ce « vote utile » du premier tour, où en serait le FN, et à quel niveau se situerait le FdG ?

Mais les petits arrangements ont déjà commencé. La partie va être serrée, vont nous répéter nos bons analystes durant les deux semaines qui vont suivre… c’est que chacun va vendre sa soupe durant cette période, comme on l’a déjà goûtée ce soir dans cette abominable cacophonie télévisuelle. Les uns vont évoquer la sécurité, les autres la justice sociale, tenter de satisfaire les électeurs des uns ou de ne pas effrayer ceux des autres, et le pire est que nous tous savons qu’en définitive ni l’un ni l’autre ne feront ce pour quoi ils ont été élus…Quel scandale ! quand je pense que j’ai failli aller voter quand même, pauvre victime du conditionnement à l’illusion démocratique que je suis encore…Quand on voit ceux qui hier (pardon avant hier) encore affirmaient ne faire aucune concession, qui promettaient des surprises historiques ou qui écrasaient leurs ennemis sous des tombereaux de critiques appellent aujourd’hui à la raison du peuple, à nouveau au « vote utile ».

 

Si ce soir il est difficile de dire  qui sera le gagnant de l’élection présidentielle au soir du 6 mai, on peut déjà en connaître les perdants : les Français. Ces Français qui ont rêvé un instant, un peu comme lorsqu’ils achètent leur billet de loto : ils savent qu’ils ne gagneront pas, mais avec leurs deux euros ils s’achètent juste le droit de rêver, un peu d’adrénaline jusqu’aux résultats… Et puis ils retournent bien vite à la réalité : ils ont perdu leur temps, et rien ne va changer….

Car rien ne va changer. Maintenant il va se passer ce qui se passe à chaque élection : la droite avec la droite et la gauche avec la gauche, le tout s’effectuant non pas « pour » un candidat mais « contre » l’autre. Une bonne campagne médiatique pour éviter l’abstention, tous unis par notre « devoir citoyen » pour « faire vivre la démocratie » , et puis au final, « l’UMPS » aux commandes du pays pour ne nous offrir en pratique ni le changement ni la France forte promis par les deux camps.

 

Et bien moi, du haut de ma petite personne encore libre dans mes paroles et mes actes de citoyen « lambda », j’appelle à ne pas voter au second tour. Puisque le vote blanc n’est pas considéré et que le scrutin tel qu’il est prévu par la Constitution ne permet pas à d’autres idées que celles des deux soumis au système de rendre le pouvoir au peuple, je rêve de voir les abstentionnistes majoritaires au second tour. Puisqu’on n’autorise pas à la volonté du peuple de s’exprimer autrement que par négation, je souhaite qu’il exprime son mécontentement par une abstention massive, un refus de se laisser berner, un « boycott » de ce système électoral truqué.

Je veux que l’extrême droite refuse de voter Sarkozy, et que l’extrême gauche refuse de voter Hollande, et que le centre refuse de voter pour l’un des deux. Je veux que chacun assume ses idées jusqu’au bout, sans se soumettre aux forces qu’ils ont tant critiqué durant toute la campagne.

Et je ne veux plus entendre les arguments fallacieux qui prétendent que celui qui ne vote pas ne doit pas critiquer. Je ne supporte plus les excuses à la conscience qui justifient le fait de se faire voler sa liberté d’opinion sous des références historiques dépassées. Je refuse d’appeler à voter pour un homme qui conduit le pays dans le mur, qu’il soit « plutôt à droite » ou « plutôt à gauche ». Aujourd’hui le vote n’est plus un gage de démocratie. Il y en a des exemples partout dans le monde, et si vous voulez vous en convaincre demandez-vous toujours qui vous prendriez s’il s’agissait de choisir au deuxième tour entre Hitler et Staline… Et bien moi je ne vote pas. Je ne vote pas car justement j’ai une conscience citoyenne. Je critique le vote, et je plains ceux qui votent, car ce sont eux les victimes consentantes d’un système qui ne leur offre rien d’autre que l’illusion de la démocratie, et de belles promesses, pas plus qu’un ticket de loterie. Si ceux qui votent étaient justement un peu plus au fait de la chose politique, et bien j’affirme qu’eux aussi cesseraient d’aller voter.

 

Ce qu’il faut maintenant, c’est arrêter de se soumettre à cette illusion, car dès le 7 mai les choses reprendront leur cours… La crise refera surface et les Français ne verront pas leur condition s’améliorer, et le président en exercice n’aura dans la pratique que très peu d’influence sur les évènements. D’autres combats prendront alors de l’importance, dont celui majeur et fondamental de l’Assemblée Constituante : car puisque la Constitution ne permet plus la démocratie, il faudra bien se résoudre soit à mettre un terme à la démocratie, soit à changer de Constitution. Et je ne me rappelle pas avoir lu dans le programme d’un de nos deux candidats la mise en place d’une telle assemblée…

 

Caleb Irri

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Et si pour faire gagner la gauche il valait mieux voter à droite ?

Posté par calebirri le 16 avril 2012

L’échéance approche. Bientôt les électeurs Français se rendront par millions voter au premier tour de l’élection présidentielle, et cela malgré le constat largement partagé de l’arnaque que constitue le système électoral français.  Mais faire ce constat ne résout malheureusement rien. Il faut désormais faire preuve de pragmatisme et regarder la réalité en face : au delà du débat d’idées et de la conviction politique se trouvent la tactique et la stratégie, et les résultats du premier tour ne représenteront pas la volonté du peuple mais bien le fruit d’un calcul paradoxal dans lequel la raison se perd inévitablement.

 

Avant d’aller plus loin dans cette démonstration en regardant de plus près les hypothèses qui se dessinent , il faut tout de même aborder le contexte dans lequel se déroule ce scrutin, à savoir la situation économique et sociale dans laquelle se trouve la France elle-même, ainsi que celle plus large dans laquelle se trouve l’Europe toute entière. Et prendre en compte quelques éléments en théorie indépendants du scrutin mais qui influencent clairement les résultats :

 

-La mainmise des marchés financiers sur le débat électoral qui rend plus que jamais service au concept de « vote utile » en imposant un deuxième tour entre les deux soumis au système, messieurs Sarkozy et Hollande. Ayant clairement fait savoir que la spéculation sur la dette française dépendrait du président élu, Nicolas Sarkozy est pour eux le favori de cette élection.

- Le conflit d’intérêt scandaleux qui permet à un chef de l’Etat-candidat de faire campagne avec la puissance de la propagande gouvernementale, comme on le voit ces derniers temps avec l’instrumentalisation de certains faits divers et les déplacements présidentiels dont il profite pour faire sa campagne.

-l’abstention record en l’absence d’une part de la comptabilisation du vote blanc, et de l’autre de l’inutilité de prendre part à un scrutin qui désignera presque inévitablement l’un des deux « favoris ». Sachant que cette abstention profite sans doute en réalité à ces deux-ci, les abstentionnistes n’étant en général pas proches des partis traditionnels.

 

Ce lourd constat réalisé, restent à étudier les différentes possibilités que nous offre le premier tour : si on table raisonnablement sur l’absence au second tour des « petits candidats », seuls restent en lice, potentiellement donc, François Bayrou, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Sarkozy et François Hollande :  soit 3 challengers et 2 favoris.

 

Il faut exclure cependant les hypothèses donnant victorieux deux challengers, que ce soient par exemple madame Le Pen et monsieur Mélenchon ou monsieur Bayrou et monsieur Mélenchon. Les seuls duels « acceptables » seront Le Pen/Hollande (1), Le Pen/Sarkozy (2), Mélenchon/Sarkozy (3), Hollande/Bayrou (4), Sarkozy/Bayrou (5), Hollande/Mélenchon (6), Hollande/Sarkozy (7).  En tout 7 duels possibles. Dont deux sont hautement improbables étant donné que ceux qui votent au premier tour pour des « petits candidats » de droite ne vont certainement pas voter Le Pen au premier tour et Hollande au deuxième, ni ceux de gauche pour Mélenchon au premier et Sarkozy au deuxième. La configuration qui verrait Le Pen/Sarkozy comme il y a eu Chirac/Le Pen me semble aujourd’hui impossible au même titre qu’un Mélenchon/Hollande, surtout après ce qui s’est passé en 2002. Mais de toutes les manières l’un comme l’autre de ces duels verrait les deux principaux candidats gagner au second tour. Regardons ce qui peut raisonnablement advenir de ces duels :

 

possibilité (1) :  Hollande gagnant

possibilité (2) : Sarkozy gagnant

possibilité (3) : Sarkozy gagnant

possibilité (4) : Hollande pas sûr d’être gagnant

possibilité (5) : Sarkozy pas sûr d’être gagnant

possibilité (6) : Hollande gagnant

possibilité (7) : Sarkozy ou Hollande

 

Dans tous les cas de figure ce sera donc soit Hollande soit Sarkozy, sauf les cas (4) et (5) qui restent indécis, mais cette option est difficilement crédible aux vues des sondages récents. Le seul rôle que pourrait jouer monsieur Bayrou se situe dans un duel Sarkozy/Hollande, ce qui revient à dire qu’il est plus utile pour la droite comme pour la gauche de ne pas voter Bayrou. Ce qui devrait nous aider à nous interroger sérieusement sur l’utilité du premier tour, hors mise celle qui consiste à faire de savants calculs qui conduisent aux aberrations qui vont suivre, car en définitive, si on récapitule :

 

-pour faire gagner la droite (ou faire perdre la gauche c’est selon), il faut donc ne pas voter Bayrou car le report de voix est incertain, et surtout il vaut mieux voter Mélenchon que Le Pen. Le plus sûr étant de voter… Sarkozy, et cela dès le premier tour.

-pour faire gagner la gauche (ou faire perdre la droite c’est selon), il ne faut toujours pas voter Bayrou, et il vaut mieux voter Le Pen que Mélenchon. Le plus sûr étant de voter… Hollande, et cela dès le premier tour.

 

A quoi sert donc le premier tour puisqu’il faut voter « utile » dès le premier, si ce n’est à servir l’illusion démocratique, en faisant croire par exemple que le pluralisme existe dans notre pays, et que nous avons le choix ? Car au lieu focaliser l’attention du peuple sur les aberrations de ce système électoral il noie son esprits dans des calculs interminables et laisse le champ libre aux deux candidats d’un même système, celui qui souhaite que l’on se soumette à sa volonté plus qu’à celle du peuple.

 

 

Mais ce n’est pas tout : car tout s’inverse encore une fois si l’ on considère les derniers rapports des donneurs d’ordres de ce système. Si l’on en croit leurs analyses, la rigueur et l’austérité seront les seuls programmes applicables, que le président soit « de droite » ou « de gauche ». Ce qui fait qu’en réalité la droite a plus intérêt à ce que la gauche arrive au pouvoir et la gauche que ce soit la droite qui gagne, car il est presque certain que les contraintes auxquelles devra se soumettre le futur président fera de lui l’homme le plus détesté de France.

Cela signifie qu’à part l’immunité que confère au candidat le statut de président (qui n’intéresse que Sarkozy et quelques proches), la droite a dans l’ensemble intérêt à ce que Hollande devienne président pour faire le « sale boulot », et revenir aux affaires en 2017, quand le peuple sera suffisamment dégoûté par « la gauche ». Et pour la gauche, l’idéal serait de « supporter » Sarkozy encore pour 5 ans, afin qu’au terme de son second mandat il soit si détesté qu’il ouvre grand les portes à gauche pour la suite.

 

Voilà l’état dans lequel la démocratie française se trouve actuellement : mort cérébrale. Le système électoral censé respecter la volonté du peuple ne permet dans la pratique aucun changement de gouvernance et le rôle du peuple se limite à assumer consciemment le « non-choix » schizophrénique qu’on lui impose. A tel point que pour faire gagner la gauche, il puisse se demander s’il ne ferait pas mieux de voter à droite.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

 

 

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