Le capitalisme à l’heure du bilan

Posté par calebirri le 7 janvier 2012

Comme chacun sait, des élections présidentielles auront normalement lieu en France en 2012. Je dis « normalement » car comme chacun le sait aussi avec « la crise », celle qu’on nomme désormais  sans l’affubler d’un attribut temporel ou qualificatif, rien n’est jamais certain. En attendant, nombreux sont ceux qui, logiquement, s’imaginent que ces élections sont l’occasion de changer les choses… Mais ils se trompent, car la crise n’est pas économique, mais idéologique : elle ne peut donc pas être réglée par des économistes, qu’ils soient de droite ou de gauche.

 

Il existe bien pourtant deux idéologies qui s’affrontent, mais la démocratie telle qu’elle a été pervertie empêche l’une d’elles d’être représentée : alors que 99 % des peuples du monde devraient être dans la rue pour imposer ensemble leurs volontés de mise en place d’une véritable démocratie, il se trouve toujours une grande majorité qui continue de croire que les élections sont la démocratie, comme si les représentants qu’il élisent défendaient d’autres intérêts que ceux de leur propre classe sociale…

 

Mais la crise est en train de tout bouleverser. Le retournement du capitalisme provoque une prise de conscience qui sape peu à peu la confiance en un système que des dizaines et des dizaines d’années de propagande et de conditionnement avaient réussi à insuffler dans nos cerveaux plastiques. Les injustices du système capitaliste se font plus visibles à mesure que la crise oblige les véritables « maîtres du monde » à se montrer au grand jour, et le bilan mondialisé d’un monde toujours plus connecté apparaît dans toute son affreuse réalité : le capitalisme est incapable de réaliser ses objectifs officiels, à savoir la satisfaction de l’intérêt général par la somme de la satisfaction des intérêts particuliers (la fameuse « main invisible »). Et le bilan est désastreux : un milliard d’individus qui ne mangent pas à leur faim, plusieurs autres milliards qui triment du matin jusqu’au soir pour une retraite passée à l’hospice, un planète en danger, la démocratie perdue, des guerres, des famines et des souffrances, voilà où nous a conduit un système dont on n’osait même pas, il n’y a pas si longtemps, remettre en cause la primauté sur les autres systèmes.

 

La question de la perpétuation du système capitaliste comme modèle de civilisation se trouve ainsi posée de manière prégnante non seulement aux peuples qui souffrent depuis trop longtemps, mais aussi à leurs dirigeants qui risquent de voir leur pouvoir remis en cause (que ce soit par la révolte des peuples ou la dictature des financiers). Et pour y répondre, il va bien falloir revenir à l’idéologie, c’est-à-dire à la problématique de la place de l’homme au sein de la société, ainsi que de sa relation à un écosystème en danger. Les problématiques à résoudre ne sont donc plus d’ordre économique mais bien philosophique, et même si la distinction qui sépare la droite et la gauche institutionnelles n’est plus pertinente, elle existe pourtant dans une réalité détachée des codes imposés par l’illusion démocratique : il y a ceux qui croient que la rareté des ressources a engendré le capitalisme, et ceux qui pensent au contraire que c’est le capitalisme qui a engendré la rareté. C’est sur ce point que s’opposent les deux conceptions qu’on peut avoir du monde, et duquel découlent toutes les autres questions. Les partisans de la première sont les capitalistes, et les seconds sont les [vrais] socialistes.

 

Dans les capitalistes (les plus nombreux encore aujourd’hui) on retrouve ceux qui imaginent que tous n’ont pas les mêmes droits dans la redistribution des richesses (les capitalistes de droite parmi lesquels on trouve les riches et les classes moyennes désireuses de s’élever), et ceux qui veulent croire en un partage « plus » égalitaire de ces ressources limitées (ce sont les capitalistes de gauche, parmi lesquels on trouve les communistes et les écologistes, les décroissants)

Dans les socialistes, on retrouve ceux qui portent l’espoir d’un monde nouveau dans lequel la société serait capable d’augmenter les ressources en fonction des besoins des individus, soit parce que le système capitaliste ne leur permet pas de vivre décemment (les pauvres et les exclus), soit parce qu’ils se sont libérés du conditionnement dont ils étaient victimes (les anti- (et pas alter) mondialistes, les anarchistes et les humanistes) .

 

En établissant la rareté comme étant à l’origine du système capitaliste et en se basant sur l’injustice prétendue de la génétique (il y a des hommes « naturellement » bons et d’autres mauvais, car pour eux l’inné l’emporte sur l’acquis), les vainqueurs de capitalisme ont réussi à justifier leur position tout en imposant aux peuples qu’il exploitent les règles d’un jeu auquel ils espèrent tous gagner, mais auquel tous ne gagneront pas : seuls les plus « rentables » deviendront les nouveaux « élus », c’est-à-dire ceux qui sauront se soumettre pleinement au jeu de la concurrence et de la maximisation du profit individuel. Pour les autres, ils ne conserveront que l’espoir de récupérer un jour les quelques miettes que leur jettera une certaine « main invisible »…

 

Mais si nous admettions nous être trompés, et qu’en réalité ce ne sont ni les ressources qui manquent ni la méchanceté intrinsèque de l’homme qui ont conduit à l’établissement du capitalisme, mais le capitalisme qui a engendré la méchanceté chez l’homme (l’acquis l’emportant sur l’inné) et provoqué l’épuisement des ressources?

 

Après des siècles d’un progrès qu’on nous promet toujours pour demain, la recherche du profit a tout détruit, tout sali, tout perverti. La rentabilité a tué le beau et l’utile, affame les peuples et détruit la planète, le capitalisme a engendré la haine entre les hommes et  va même jusqu’à les considérer comme de simples marchandises , il a annihilié leur volonté et corrompu leur conscience. Voilà tout ce que le capitalisme est capable de nous sortir en guise de bilan, et voilà ce dont le monde prend conscience aujourd’hui…

 

Alors qu’en établissant un autre mode de fonctionnement pour nos sociétés, nous nous apercevrions que l’abondance de la Nature est inépuisable dès qu’elle n’est plus contrainte par la recherche du profit. Car si les énergies fossiles sont en quantité limitée, les énergies propres sont infinies : et tant que le soleil brille ou que nous n’avons pas totalement déréglé le climat, tant qu’on pourra encore semer des graines reproductibles, tant que nous n’aurons pas encore pollué toute l’eau pour nos plantations ou que nous n’exterminerons pas toutes les espèces de la faune et de la flore, alors la vie pourra se reproduire indéfiniment…

 

En nous libérant de l’idéologie capitaliste nous rendrions à nouveau possible l’utilisation de la technologie pour le bien de l’homme au lieu qu’elle serve à son asservissement, nous pourrions alors envisager un monde débarrassé des contraintes du travail pénible, et construire une société non plus fondée sur le profit et la rareté mais sur le partage et l’opulence. Car si la Terre est bien un monde fini, l’univers lui ne l’est pas… enfin il paraît ! mais qu’on en fasse un peu le tour pour vérifier, et nous saurons alors si les capitalistes avaient raison.

 

 

Caleb Irri

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Il paraît qu’en France il y aura bientôt une Assemblée Constituante…

Posté par calebirri le 22 décembre 2011

La rumeur est un bruit de fond qui finit toujours par remonter. On dit souvent qu’elle est un mal insidieux qui ronge profondément, et durablement. Et la faire taire est presque impossible. En politique comme en économie, et même dans la vie de tous les jours, les rumeurs sont parfois plus dangereuses que des faits établis : réputations salies, carrières brisées, bankruns ou paniques boursières, les exemples ne manquent pas, comme nous le prouve celui récent de la banque Swedbank en Lettonie. En quelques heures à peine, l’équivalent de plusieurs  millions d’euros ont été retirés par des clients apeurés, créant ainsi les conditions d’une faillite réelle de cet établissement, dont il est devenu inutile de se demander si les rumeurs le concernant été fondées ou non : désormais  c’est une certitude, par une sorte « d’auto-réalisation ».

 

Je ne sais si c’est le fait d’être tous conditionnés au vieil adage « il n’y a pas de fumée sans feu » ou la valeur intrinsèque de la rumeur elle-même, mais force est de constater que les rumeurs fonctionnent mieux avec l’apparence du vrai que du farfelu… pour qu’elle soit crue, il faut qu’elle soit crédible. Car contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la rumeur est basée sur la confiance : il faut du fond pour faire une bonne rumeur, étayé, trafiqué, truqué, mais avec une base plausible, et surtout savoir qui la lance, et qui la reçoit.  La confiance est l’élément majeur qui donne de la force à une rumeur. Si je dis que la banque « untel » va faire faillite, on ne me croira pas, même si j’apporte des éléments. Mais si la position de celui qui entretient la rumeur le place en situation de crédibilité, les mêmes éléments feront un autre effet : on ne propage une rumeur que de celui en qui on a confiance, et à qui on fait confiance. Pour la guerre en Irak et les armes de destruction massive, nombreux sont ceux qui ont dénoncé le caractère infondé de cette rumeur ; mais quand Colin Powell est arrivé, avec ces misérables diapos et ses fioles ridicules, la rumeur a enflé, s’est diffusée dans l’opinion publique, jusqu’à permettre l’invasion d’un pays certes dirigé par un dictateur, mais un pays souverain tout de même.

En économie, la confiance aussi fait partie du jeu. Car s’il est bien une chose fascinante avec le capitalisme, c’est que ceux-là même qui posent la rationalité des individus comme fondation de toutes leurs théories économiques sont  pourtant aussi irrationnels que les autres, et ils contredisent eux-mêmes en pratique les préceptes qu’ils énoncent suivre en théorie. S’ils se basent sur de véritables calculs, ceux-ci ne sont que des calculs de risques, des probabilités : les notations des agences, la maximisation du profit, la bourse, les échanges, le commerce dans sa globalité fonctionne sur des rapports de confiance, et tous les savants calculs de nos fiers économistes ne sont en réalité menés que pour établir le degré de confiance qu’ils mettent dans des rumeurs : tel Etat ne pourra (peut-être) pas rembourser, telle entreprise va (peut-être) licencier, telle mesure va (peut-être) engendrer tels emplois, voilà à quoi se résume les analyses économiques… Un jour untel annonce publiquement que l’Europe est (peut-être) un peu trop endettée, et un autre croit savoir que la Grèce est (peut-être) la plus mal en point…et sur ces rumeurs, et surtout selon la confiance qu’on en a, les analystes conseillent, les investisseurs suivent, et la menace d’une perte du « triple A » fait monter les taux des emprunts obligataires, et la hausse des taux des emprunts obligataires fait baisser la note. Il a suffi que la rumeur d’une faillite de la Grèce gronde pour que les investisseurs cessent d’avoir confiance en la capacité de l’Etat Grec à rembourser, ce qui a eu pour effet de faire monter les taux d’emprunts de l’Etat Grec, et de précipiter sa faillite… En réalité le coeur du capitalisme n’est pas dans la loi mathématique, mais dans la loi humaine. Et pour l’atteindre, il n’est donc pas besoin ni de mathématiciens ni d’économistes, mais de philosophes et de sociologues.

 

Les politiques, eux, l’ont très bien compris : et s’ils sont également sujets aux affres de la rumeur, ils ne la subissent pas seulement, ils la propagent et l’utilisent aussi, et s’en servent pour leur propre intérêt (rumeurs d’éclatement de l’Eurozone avant un sommet du G20, des étrangers profiteurs pour faire baisser l’immigration, des chômeurs fainéants pour faire baisser les aides sociales, de l’augmentation de la délinquance pour faire régner la peur…) La rumeur sait se faire propagande (propager), et nos « élites » savent l’utiliser, car ils possèdent les moyens de la diffuser : une rumeur qui marche est une rumeur médiatisée, qui fait « du bruit ».
Mais il ne faut pas seulement jeter la pierre à nos dirigeants, car nous avons tous pêché : la rumeur est toujours le fruit d’un secret mal gardé, et si nous n’en sommes pas tous victimes nous sommes tous coupables. Comme le principe du secret qu’on finit toujours par lâcher dès la petite enfance, la rumeur est faite pour être propagée.

 

Maintenant, puisque nous savons déjà tous cela et que les puissants tremblent plus face aux rumeurs qu’à la colère du peuple (les politiques tombent sur des rumeurs, pas aux élections) pourquoi ne pas retourner cette arme contre eux ? Puisque des rumeurs, même fausses, ont des effets parfois plus importants que des faits réels et avérés, pourquoi ne pas rechercher nous-mêmes, nous les 99%, la meilleure rumeur capable de s’auto-réaliser par la volonté de ceux qui la propagent ? Ne pourrait-on pas inverser, transformer la rumeur en « arme positive » ? S’il est certes plus facile pour les riches et les puissants d’atteindre à la médiatisation, nous avons nous-aussi des outils de propagation. Internet est aujourd’hui (mais pour combien de temps encore ?) le média le plus libre et le plus accessible qui soit, et les réseaux sociaux sont comme les lieux où, autrefois, on lisait les journaux interdits.

 

Regardons à présent la situation économique telle qu’elle est aujourd’hui : sur-endettée, la France n’a pas les moyens de rembourser. Ses dirigeants ayant apparemment décidé de ne pas faire payer les responsables de la crise (eux-mêmes et leurs amis) et le peuple se trouvant être réticent à payer de sa poche les sacrifices exigés, il apparaît que le meilleur moyen de contraindre les 1% à payer LEUR dette est donc de refuser de la payer.

 

Mais comment faire pour y parvenir en l’absence de volonté politique ? l’audit citoyen (voir ici et ici), un moyen déjà utilisé en Equateur qui a permis de constater l’illégitimité de la dette, n’est même pas soutenu par le PS  en France !
Alors voilà : pour qu’une rumeur prenne de l’ampleur et finisse par se réaliser, il faut donc avant tout créer de la confiance. Nous sommes 99%, et nous avons tous en commun la même volonté de changement. Nous ne voulons pas payer, et il nous suffirait de le clamer tous ensemble assez fort, avec assez de conviction pour que notre voix soit entendue.
Pourquoi ne pas utiliser ces outils dont nous disposons, et lancer nous-mêmes les rumeurs qui, une fois réalisées, nous permettront d’accéder aux changements que nous désirons ?

 

En plus, il faut bien l’avouer, j’ai déjà entendu parler de quelque chose, et je vous supplie de ne le répéter à personne, car rien n’est encore prouvé : mais la rumeur dit que s’organise déjà, sur internet, la mise en place de cet audit citoyen pour la France, avec des comités locaux qui serviront, si mes informations sont justes, de tremplin à la chute du gouvernement Français, et qui débouchera sur la création d’une Assemblée Constituante … mais surtout ne dites rien !

 

Caleb Irri

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De la crise à la singularité technologique, en passant par Asimov

Posté par calebirri le 12 décembre 2011

Dans le livre « Robots », de Isaac Asimov, la technologie a atteint un tel degré de développement que la gestion du « monde » se trouve alors effectuée par des « supercalculateurs » capables de coordonner les besoins et les ressources disponibles pour satisfaire les intérêts des hommes, dont les tâches se résument apparemment à surveiller le bon déroulement des opérations, ou à améliorer les performances de leurs machines. Des robots, mus par les Lois de la Robotique qui les destinent au service des hommes, remplissent tous les travaux pénibles qui fatiguent d’ordinaire les humains, et certains sont même capables de servir de « nourrice » aux enfants : le développement technologique semble avoir permis à l’homme de se libérer des contraintes du travail, ainsi que des difficultés pour assurer sa subsistance.

 

Cette oeuvre, qui compile 9 nouvelles et qui a été rédigée dans les années 1940, a de quoi faire réfléchir sur notre monde présent, car il semble que la vision du progrès technologique tel qu’on l’imaginait dans le milieu du vingtième siècle n’a pas abouti aux objectifs qu’on lui prêtait alors : aujourd’hui le progrès technique est en concurrence avec l’être humain, alors qu’il devait être son aide la plus précieuse. Et même si les robots qui peuplent le monde imaginé par Asimov sont peut-être réalisables d’un point de vue technique, ils sont impossibles à concevoir dans un monde capitaliste : que pourraient bien faire alors les hommes dans un tel environnement, à part se prélasser en attendant que le robot-cuisinier prépare le dîner, sans emploi et surtout sans salaire ? Alors que la simple mise en place de caisses automatiques dans les supermarchés jetterait des dizaines de milliers d’employés dans les affres du chômage et de la misère, comment imaginer l’arrivée sur le marché de robots aussi perfectionnés, aussi « utiles » que le sont ceux évoquées dans cet ouvrage ?

Quand bien même nos savants chercheurs trouveraient la possibilité technique de réaliser ces formidables outils, comment pourraient-ils s’intégrer dans le monde tel qu’il fonctionne aujourd’hui ? Imaginez le cauchemar pour l’économie, avec des robots capables de remplacer les hommes partout où ils ne s’épanouissent pas ? Imaginez la tête de nos dirigeants, de nos « génies » boursicoteurs ou économistes, face à la puissance de « prédiction » de supercalculateurs si perfectionnés ?

Mais nous pouvons être rassurés, ce cauchemar n’est pas pour tout de suite, et il est même loin le temps où tout le monde pourra se payer ce petit bijou : car le capitalisme veille, et ses agents  préfèrent régner sous son joug que de supporter librement le sort commun.

 

A l’heure où le monde traverse une crise idéologique historique et décisive, il est pourtant intéressant de se pencher sur ces « supercalculateurs » : munis d’une puissance de calcul inégalée, ils possèdent presque le pouvoir de prédire l’avenir, en ce sens que des milliers de milliards de paramètres entrés en équation peuvent permettre de savoir précisément si le climat se réchauffe, à cause de quoi et de combien, où et quand ; et aussi quelles répercussions auront sur lui le fait d’augmenter la TVA, de donner le droit de vote aux étrangers ou de supprimer la bourse.

 

Dans cet ouvrage,  les robots deviennent au fil du temps si perfectionnés qu’ils finissent par réaliser ce qu’on nomme la « singularité technologique » à savoir qu’ils deviennent tellement puissants qu’ils finissent par posséder eux seuls la capacité d’améliorer les performances des supercalculateurs, comme celle de décrypter leurs calculs.  Ces supercalculateurs devraient être l’objet de tous les rêves de nos gouvernants, car gouverner c’est prévoir, et les supercalculateurs permettent de tout prévoir… et donc de tout régler. Le développement de supercalculateurs permettrait de rendre impossible les famines, le gâchis, le dérèglement climatique ou les problèmes de logement… mais il ferait sans doute aussi s’effondrer le monde capitaliste qui fonctionne sur la rareté, l’opposition des intérêts particuliers et l’injustice. Et c’est bien contre cela que luttent les puissants de ce monde. Car dans notre monde, si complexe et si « interconnecté », la science n’est développée qu’à l’intérieur du « prisme » capitaliste, et le développement technologique est soumis aux mêmes lois que celles que subissent les autres développements : celles qui posent l’intérêt individuel et la rentabilité au dessus de toutes les autres considérations, de toutes les autres valeurs. Nos « supercalculateurs » actuels ne servent que les marchés boursiers, nos robots ne sont utilisés que dans l’objectif de réduire des coûts de production en réduisant la part salariale (quand délocaliser est devenu trop cher), et les technologies ne sont pas développées dans l’intérêt général mais dans le but d’en tirer des bénéfices financiers, individuels.

De plus, la rentabilité comme « Première Loi » implique la destruction de toute idée libératrice par la technologie, car le développement technologique à visée humaniste va à l’encontre du capitalisme… ainsi que des inégalité inhérentes à ce système et le pouvoir exercé par un petit nombre sur un autre très grand. Trouver un seul médicament pour tout et pour tous, rendre possible l’utilisation gratuite et infinie des énergies propres et inépuisables, libérer les hommes du travail est tout simplement in-envisageable : comment les puissants de ce monde conserveraient-ils alors leurs privilèges ?

 

Les puissants de ce monde n’ont absolument aucun intérêt à concourir au bien du plus grand nombre,  pas plus que celui de rendre possible l’intervention de supercalculateurs dans la vie sociale : ils préfèrent de loin les erreurs manipulables de leurs « idéologues-économistes » à un incorruptible ordinateur capable d’intégrer tous les paramètres, toutes les données, toutes les informations, de les mettre en ordre et d’en sortir une synthèse sérieuse. Et heureusement pour eux l’homme en est bien incapable, car personne ne pourra jamais « tout savoir ».

Le problème se situe donc dans « le cadre » qui englobe la pensée humaine, son idéologie : alors que la première loi qui encadre le développement technologique est celle du capitalisme (« le profit avant tout »), celle du développement technologique décrit par Azimov est l’intérêt général, à travers les trois lois de la robotique qui sont :

  1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.
  2. Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.
  3. Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

Dans ce monde-ci, la technologie a pour mission première de protéger et de servir les hommes, tandis que dans le notre elle n’existe que pour satisfaire des besoins particuliers. Si les actions des puissants de ce monde étaient régies par les mêmes lois que celles de « Robots », le monde actuel ressemblerait sans doute un peu plus à celui d’Asimov qu’au notre.

Car la réflexion conduite par Asimov ne s’arrête pas là, et les parallèles qu’on en peut faire avec la situation actuelle non plus : à force de développements, il devient dans le livre impossible de distinguer un humain d’un robot, et le monde des humains commence alors à craindre ceux dont ils n’a plus ni le pouvoir ni la capacité de contrôler. Les hommes craignent la tyrannie des robots, remettent en question les calculs qu’ils ne sont plus en mesure de vérifier : on interdit alors aux robots de se présenter à des élections, pour ne pas qu’ils finissent par devenir les « maîtres » de ce monde.

Si bien qu’arrive un jour où un homme se voit porté au pouvoir par le peuple qui le croit homme, alors qu’il est robot. Le monde n’a jamais aussi bien été géré, et ses opposants qui le soupçonnent veulent le confondre, afin qu’il soit démis de ses fonctions. Mais les robots sont les plus malins, en jouant sur les trois règles dont ils disposent pour remplir le rôle qui leur incombe, et préfèrent mentir dans l’intérêt général que de laisser les hommes reproduire toujours les mêmes erreurs…

Voilà une belle leçon pour nos gouvernants, et un espoir pour les peuples  : alors que la conférence de Durban n’a rien donné de plus que les autres conférences sur le climat (faute de projections invérifiables par de « simples » humains), alors que les conséquences des OGM sont incalculables et peut-être catastrophiques pour l’humanité toute entière, alors que personne n’est en mesure de connaître les véritables dangers de l’énergie nucléaire, alors qu’on ne sait si l’austérité sauvera ou empirera la situation sociale des peuples concernés par ces mesures (enfin là on a une petite idée quand même…), la « science-fiction » nous offre d’autres perspectives que celles de perdre toute notre science et tout notre savoir dans de savants mais inutiles calculs de probabilités de risques, au nom de la rentabilité et sous couvert de morale, aussi invisible que la main sur laquelle elle s’appuie.

 

Au lieu de calculer combien de marge, quels risques, quels taux, quelle note, combien vaut l’homme ou combien vaut un litre d’air, on pourrait calculer ce qu’il nous faut, ce qu’on a, qui a besoin de quoi, sans craindre la faillite : il faut lire Fondation, la « grande » oeuvre d’Asimov, qui montre bien à quel point les possibilités de développement de l’humanité sont gigantesques, infinies presque. Quand on voit combien d’exoplanètes on découvre, quand on étudie des rats qui ne vieillissent pas, que nous sommes capables de reproduire n’importe quelle cellule et même des cellules qui n’existaient pas, il est impossible d’accepter qu’aujourd’hui nous ne soyons pas en mesure de nourrir et de loger tout le monde. Ce n’est pas un problème de capacité créatrice, ni réalisatrice, ce n’est pas un problème de ressources mais un problème de partage de celles-ci, de création délibérée de rareté, d’obsolescence, de monopoles, enfin de rentabilité qui empêche la technologie de servir véritablement les hommes. Sans la recherche de rentabilité comme première loi, alors tout est possible, sans devoir se contraindre ni à la décroissance ni au chaos.

 

Caleb Irri

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Mondialisation contre mondialisation : et pourquoi pas une « Internationale des indignés » ?

Posté par calebirri le 5 décembre 2011

Il y a quelques jours, une nouvelle initiative a été lancée sur le blog de Paul Jorion, intitulée « l’utopie réaliste« . En moins de 1500 mots et jusqu’au 31 décembre 2011, toutes les contributions qui imagineront les bases d’une nouvelle société seront récoltées, et j’imagine sélectionnées ultérieurement (je ne sais sous quelle forme).

 

Bien tenté d’apporter ma petite pierre à l’édifice, je me préparai donc à engager ma contribution, et commençai à faire la liste des mesures me semblant essentielles :

 

- transparence absolue des comptes de l’Etat et de ses représentants, avec  abrogation du « secret-défense » et du secret d’Etat, fin de l’immunité présidentielle et interdiction des conflits d’intérêts.

-fin des paradis fiscaux et contrôle strict des chambres de compensation.

- programmes de recherche pour éradiquer la pollution, favoriser l’émergence des énergies réellement renouvelables (c’est-à-dire inépuisables), re-localisation de la production agricole.

-programmes de relance pour plus d’éducation, plus de santé, plus d’emplois, plus de social : chaque besoin devant trouver une solution.

- réforme fiscale plafonnant les revenus, taxant les riches et aidant les pauvres, interdiction des paris sur les fluctuations des prix et de la spéculation sur les matière premières, fermeture de la bourse.

- etc…

 

Cela avait de quoi faire rêver n’est-ce pas  ? Pour ce qui est de l’utopie nous y sommes… Mais cette utopie est tout bonnement non pas irréalisable mais irréaliste.
Car en s’opposant à la logique de marché imposée par le capitalisme, une nation qui s’engagerait dans la voie de la justice sociale se retrouverait rapidement isolée sur le plan international, puis exclue de cette « mondialisation » qui effraie tant aujourd’hui, et à laquelle il n’est pourtant plus aujourd’hui possible d’échapper. Les taux d’emprunts de la France flamberaient, empêchant toute dépense et asphyxiant aussitôt l’économie : un Etat seul ne peut pas s’opposer aux règles qui régissent les échanges mondiaux, et encore moins les changer.

 

Cela prouve une fois de plus que la démocratie au niveau « national » n’a désormais plus aucun sens. Et cela signifie aussi que dans la mondialisation, il faut que tous soient d’accord pour changer les règles, ou au moins que les plus forts parviennent à l’imposer aux plus faibles. Aujourd’hui la démocratie doit être mondiale, ou ne pas être. Mais « mondialement ».

 

Et c’est bien de cela dont nos dirigeants ont déjà pris conscience : les règles du capitalisme international ne leur permettant pas, à terme, de perpétuer leur domination sur le reste du monde, ils tentent actuellement d’imposer aux peuples la mise en place d’une « Alliance » assez forte pour transformer radicalement les règles de fonctionnement de nos sociétés. En quelque sorte, ils font le même travail que celui proposé par monsieur Leclerc chez monsieur Jorion, mais à l’envers ; sauf qu’ils ont un coup d’avance.

 

Pourtant, il suffirait de presque rien pour que les peuples dépassent le mur de la mondialisation financière : il leur faudrait juste, en retour, créer une « mondialisation de la contestation » pour résister à celle de la finance. Une sorte « d’Internationale des Indignés », capable de se rassembler et d’agir partout en même temps, sous un mot d’ordre commun, avec un discours unique, à travers une nécessaire organisation de leurs structures locales. Car ce n’est qu’en unissant, en agrégeant, en organisant, en unifiant tous ces petits mouvements indépendants, encore « purs » de « science politique », que les peuples trouveront l’espoir d’une « autre » société. En s’appuyant sur les outils dont nous disposons aujourd’hui, nous avons l’opportunité de fédérer, et aussi d’internationaliser un vaste mouvement démocratique.

 

Car il faut se rappeler que l’internet est encore libre : que ce soit par l’intermédiaire des réseaux sociaux, des forums, des blogs, des pétitions ou de la vidéo en ligne, les peuples indignés ont le pouvoir de se rassembler, de communiquer, d’échanger et de débattre d’un bout à l’autre de la planète. Les peuples ont aujourd’hui plus que jamais la possibilité (et le devoir ?) de mettre en place, au niveau international, toute l’infrastructure nécessaire à cette « Internationale des Indignés », seule capable de répondre aux enjeux de la mondialisation financière. Ils peuvent engager eux-mêmes les consultations, les débats et les réflexions sur ce que pourrait être une nouvelle société. Ils peuvent organiser eux-mêmes le fonctionnement de leurs futures Assemblées Constituantes, partager leurs réussites et leurs échecs locaux, échanger leurs méthodes. Ils peuvent coordonner leurs actions, leurs mouvements de grèves ou leurs manifestations. Ils peuvent établir eux-mêmes les règles auxquelles ils désirent se soumettre, car ils seront alors, véritablement, les 99%

Car la révolution ne se décrète pas : elle se prépare. Comme le disait déjà Marx en son temps la révolution, pour fonctionner, doit être mondiale. Elle doit se produire partout en même temps, pour ne pas se trouver enfermée ni contrainte par le reste du monde.  Pour qu’elle se réalise, il faut qu’elle soit considérée comme juste par tous, et que toutes les règles de fonctionnement du nouveau régime mis en place soient définies et acceptées en amont.

 

Imaginez après que la révolution se produise partout et en même temps, de manière coordonnée et réfléchie, pacifique car soutenue par tous les 99% ; et alors tout devient enfin à la fois réalisable… et réaliste.

 

Caleb Irri

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La place des « classes moyennes » dans le mouvement des indignés

Posté par calebirri le 26 novembre 2011

Aux Etats-Unis, les indignés se font appeler les « 99% », soulignant par ce chiffre le ratio qui les oppose aux 1% qui possèdent le pouvoir effectif. Pourtant, et malgré l’optimisme relatif de ce chiffre (en réalité c’est même moins d’un pourcent !), il n’est nul besoin d’être mathématicien pour constater qu’il y a loin entre l’annonce et le résultat : dans la rue se trouve en réalité bien moins même que le petit pourcent contre lequel les 99 autres pourcents sont censés lutter.

 

Comment expliquer ce décalage ? Alors que la démocratie signifie « le gouvernement du peuple par (et pour) le peuple » (ce qui implique traditionnellement la définition au suffrage universel direct d’une majorité), il se trouve qu’en réalité seuls les 1% dirigent effectivement, au nom des 99%, et cela avec leur consentement !

Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment, et alors que la majorité de la population subit constamment l’exploitation d’un tout petit nombre, comprendre que le peuple soutienne un candidat qui ne représente pas son intérêt, l’intérêt général ?

 

Il y a plusieurs explications qu’on peut soumettre pour tenter d’éclaircir le phénomène :

 

Tout d’abord, il faut comprendre que ceux qui possèdent l’argent possèdent le pouvoir, et que le plus riche est capable d’acheter et l’intelligence et la force, autant que la bêtise et la faiblesse. Les riches « possèdent » donc tous les postes importants, c’est-à-dire ceux qui leurs permettent de faire élire par plus de 50 % un candidat qui ne fera profiter in fine que les 1% les plus riches, à savoir ceux-là même qui l’ont fait élire. Ils ont la mainmise sur les plus grands médias, les plus grosses industries, les transports, la construction, la communication, l’énergie, les meilleures terres…. Cela représente des centaines de milliers d’emplois, un accès privilégié à la diffusion de la propagande à travers le public comme à travers le privé (tous deux servent en réalité les mêmes intérêts),  et signifie surtout une domination de fait des riches sur les politiques menées par un gouvernement qu’ils contribuent à faire élire.

 

Ensuite, il faut avouer qu’il est plus facile de s’accorder à 1% qu’à 99 % : alors que les évènements se succèdent à une vitesse folle, il est facile d’imaginer que les 99% n’auront toujours pas fini de se mettre d’accord  sur leurs revendications lorsque la crise sera finie ! C’est le danger de la démocratie, et aussi une des faiblesses des indignés. Trouver un consensus capable de rassembler toutes les revendications est presque impossible, alors que se contenter du « vote utile » est beaucoup plus confortable.

 

Enfin, si on considère les résultats d’une élection démocratique comme elle s’est déroulée en France en 2007, il faudrait s’attendre en théorie à l’échec perpétuel du candidat de droite. Mais ce n’est pas le cas. Cela signifie que plus de 40 % des votants « se trompent » en croyant satisfaire leurs propres intérêts. L’abstention est un élément essentiel, mais ne suffit pas à lui seul à expliquer le phénomène. Pas plus que l’absence d’une « gauche véritable », car elle existe mais ne fait pas recette.

 

Il faut donc en chercher ailleurs l’explication principale, et l’illusion des « classes moyennes » est un facteur à étudier. Car derrière ce terme se cache un phénomène intéressant de distorsion du réel, entre l’image qu’on en a et sa réalité. Selon les méthodes, la classe moyenne se situe dans une tranche large qui comprend des revenus situés entre 1200 et 3000 euros, ce qui représente près de…. 90 % de la population ! En affinant les barèmes, l’observatoire des inégalités encadre la classe moyenne entre 1200 et 1840 euros par mois, ce qui représente tout de même encore 40 % de la population active, aux quels s’ajoutent 20 % qui gagnent moins que 1200 euros par mois.

Il serait bien sûr exagéré de faire correspondre le vote de la classe moyenne avec le vote « à droite », mais il est intéressant de s’interroger sur un point : l’inconscient populaire est encore très largement victime d’une sorte « d’image d’épinal » qui contribue toujours (à travers une vision passéiste de la classe moyenne qui s’était développée au cours des « trente glorieuses » et qui flattait l’égo des « parvenus ») à sous-entendre le caractère positif de cette position sociale . Ces hommes et ces femmes, employés de bureau, cadres d’entreprises, fonctionnaires titulaires, se sentent dans les sondages d’opinions appartenir encore à cette classe moyenne, et se réjouissent de ce statut. Victimes de l’image même qu’ils se disent porter, ils finissent par se croire réellement appartenir à une classe « privilégiée », et votent selon ce qu’ils croient être leur intérêt propre. Et puisque chacun sait que la droite favorise plus les riches que la gauche, ils sont en général tentés, séduits par les discours qui leur promettent de « travailler plus pour gagner plus ».

 

Mais en réalité ce sont ces classes dites « moyennes » qui vont subir la crise de plein fouet. Aux pauvres on ne peut plus retirer grand chose, et on ne tapera pas non plus sur les riches…. Qui va payer, si ce n’est ce grand fourre-tout qu’on appelle « classes moyennes » ? En leur faisant croire qu’on va faire payer un peu tout le monde, on s’apprête en fait à les appauvrir eux, ceux qui ont encore quelque chose mais qui sont prêts à tous les sacrifices pour conserver l’illusion de leur statut. Ils feront des heures supplémentaires non payées, se soumettront aux ordres, et en voudront aux pauvres d’être « si bien traités », n’ayant comme unique peur de leur ressembler un jour…

 

Ce qui risque bien de leur arriver s’ils ne se débarrassent pas très vite de leurs illusions. Il faut maintenant qu’ils comprennent que leur véritable place n’est pas aux côtés de 1%, mais des 99 autres. Et surtout qu’ils agissent en conséquence.

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

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Qui sont les 1% qui manquent aux indignés ?

Posté par calebirri le 21 novembre 2011

« Les marchés » par-ci, « les marchés » par-là, les politiques semblent avoir enfin trouvé leur coupable  (ou leur excuse) idéal(e) : les marchés exercent une dictature impitoyable sur les Etats endettés qui contraignent les gouvernants soit à prendre des mesures certes dures mais nécessaires à l’encontre de leurs peuples (qui ont soi-disant vécu trop longtemps au dessus de leurs moyens), soit à laisser la place à d’autres, comme on l’a vu récemment en Grèce ou en Italie.

 

Face à cette alternative (la soumission ou la démission), nos dirigeants se trouvent aujourd’hui confrontés à un dilemme difficile à résoudre : il faudra bien rembourser les dettes, et quelqu’un doit payer pour cela.  Que faire ? Vaut-il mieux prendre beaucoup à quelques riches ou un petit peu à beaucoup de pauvres ? Dans un cas comme dans l’autre nos gouvernants risquent gros, car les élections approchent. Les riches menacent de ne plus investir là où on les taxera trop, et les pauvres menacent de ne pas voter pour ceux qui refusent de faire payer les riches.  A tout prendre il semblerait plus raisonnable de se fier à la force du nombre (les pauvres) qu’à la force du riche, mais c’est oublier un petit détail qui a son importance : la force du nombre ne suffit pas à faire élire nos gouvernants, car une élection ne se gagne pas avec un programme mais avec de l’argent. Et dans un monde où l’argent est roi, c’est toujours le plus riche qui gagne, ou qui choisit qui va gagner. Et c’est bien ce qui se passe aujourd’hui : les riches ne paieront pas, car ceux qui dirigent actuellement l’Europe n’ont pas été élus par les peuples mais désignés par les marchés.

 

Mais au fait c’est quoi les « marchés » ? On parle d’ordinateurs, de fonds de pensions, de banques ou d’assurances, et même les indignés luttent contre cette entité obscure que sont « les marchés »… Mais qui se cache derrière ce terme ? Qui bénéficie, in fine, de tous les bénéfices engrangés par ces marchés, qui profite à la fin, « en vrai », sur son compte en banque, de la spéculation sur les matières premières, de la vente des armes ou de la misère des hommes, quels sont les noms des actionnaires qui récupèrent en fin d’année des sommes extravagantes ?

 

Car derrière les marchés il y a bien des hommes, car derrière tout l’argent qui y transite il y a bien des noms… Et ces noms nous les avons tous, nous les connaissons déjà ! En réalité se trouvent là toutes les plus grandes fortunes de la planète, ce petit 1% qui manque aux indignés… Ceux qui font et défont les Etats ne sont en fait que quelques uns, car ceux  qui font « tourner » les marchés et ceux qui s’opposent à ce qu’on fasse payer les riches pour résoudre la crise sont les mêmes.

 

Regardez un petit peu, si on additionne les fortunes personnelles des 500 plus grosses fortunes de France, on s’aperçoit qu’elles totalisent plus de 281 211 millions d’euros, c’est-à-dire plus de 280 milliards. A elles seules, les 10 plus grosses représentent déjà plus de 45 milliards. Incroyable, non ?
Maintenant, si on additionne les fortunes des quelques 1210 milliardaires que compte la planète, on arrive à plus de 4500 milliards de dollars (sachant que les 67 plus grandes représentent à elles-seules 1366 milliards)… auxquels s’ajoutent 11 millions de millionnaires (même à considérer un million par personne, on peut déjà imaginer qu’ils détiennent plus de 11 000 milliards !)…

Voilà de quoi nous faire une petite idée du nombre de poches dans lesquelles a terminé notre argent : bien moins que le petit pourcent que combattent les indignés… et nous devrions avoir peur d’eux ?

 

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

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